DELTA BLANC : UN CODE DEONTOLOGIQUE TOUJOURS VIVANT…

 

En 1987, à l’âge de 23 ans et au bout de quelques mois d’exercice,  j’avais décidé de créer avec Chantal Hurteau- Mignon (astrologue devenue aujourd’hui auteure et thérapeuthe) l’association Delta Blanc qui regroupait des praticiens engagés à respecter une charte de déontologie. Celle-ci a connu, pendant de nombreuses années, un réel succès avant d’être dissoute (trop d’obstacles et de malentendus au pays de Descartes…)

Des règles simples avaient découlé de notre réflexion. Voici aujourd’hui un résumé des principales, enrichies par la pratique…


AVANT LA CONSULTATION

1)- Etes-vous bien sûr de vouloir savoir ? :

Procédez toujours à un examen de conscience avant de vous engager à consulter un voyant ou un astrologue. Qu’attendez-vous de lui ? Voulez-vous vraiment être informé(e) ou éclairé(e) ou préférez-vous simplement entendre de lui ce que vous désirez voir se produire dans votre vie ? Si aucun praticien intègre ne s’autorisera, par éthique, à vous annoncer des drames inévitables -quand bien même il les percevrait- le rôle d’ un praticien responsable est justement de vous mettre en garde contre les échecs sentimentaux ou professionnels que vous  rencontreriez en poursuivant une voie infertile ou des espoirs non fondés.

Parce que vous ne pouvez pas faire peser sur les épaules du praticien la double contrainte qui consisterait à vous dire la vérité tout en vous « remontant le moral », préférez d’abord l’aide d’un thérapeute lorsque vous vous sentez trop fragile pour assumer d’éventuelles déceptions, quand bien même d’autres pistes, tout aussi positives vous seraient révélées lords de l’entretien.


2) – 
Pas d’achat impulsif :

Avoir recours à la voyance ou à l’astrologie pour y voir plus clair est une décision importante. Les paroles échangées et les conseils prodigués ne seront jamais neutres. Lorsque vous avez le cœur gros ou un impérieux besoin de paroles, sollicitez vos amis. Et si vous « craquez » prenez plutôt rendez-vous avec un thérapeute capable de vous aider. Les cas d’addiction à la voyance découlent le plus souvent d’achats impulsifs et de la dépendance qu’ils entrainent. Le marketing -agressif mais intelligent- des grossistes de la voyance déclenche un «Qu’est-ce que je risque à essayer ?» chez tous ceux et celles qui traversent une crise existentielle. Les appels se multiplient alors et l’infortuné « client » téléphone chaque jour à un nouveau « voyant » pour écouter une version à chaque fois différente de son futur. Le voilà donc avec deux problèmes au lieu d’un : celui pour lequel il a voulu consulté- qui n’est toujours pas résolu- et un nouveau : l’incertitude aggravée dans laquelle les prédictions incohérentes des devins l’ont plongé.

Mais ces paroles contradictoires s’organisent toutefois autour d’un dénominateur commun : positiver la situation en laissant entrevoir un avenir généralement miraculeux : rencontre amoureuse idyllique, job de rêve, gain aux jeux annoncé pour bientôt lui permettre de faire l’économie de toute responsabilité et de toute remise en cause dans le déroulement de sa vie future. Qui, épuisé(e) par une vie trop difficile ou une relation amoureuse douloureuse n’a pas envie de croire à un gros coup de pouce du ciel ?… Mais le conte de fée « n’arrivant pas » il faudra, comme pour la méthode Coué, des consultations de plus en plus rapprochées pour croire en l’avènement du règne de la chance insolente, pourtant prédite par tous.
Le fabuleux succès économique  de ce type de pratique ne témoigne pas uniquement, comme l’opinion aime à le penser du seul manque de scrupule des praticiens (et des entreprises qui les emploient) mais interroge également sur la faillite de notre système de santé  ainsi que sur la disparition de liens sociaux élémentaires destinés à réguler l’anxiété individuelle. Pour ne jamais risquer de tomber dans cet engrenage, choisissez votre praticien avec soin et prenez rendez-vous avec lui comme avec n’importe quel autre conseil. Les bons voyants ayant des clients fidèles qui les sollicitent  régulièrement, ils ne seront que très rarement disponibles dans la seconde et jamais au milieu de la nuit. Préférez donc la patience à l’emportement et profitez de cette attente obligée pour préparez votre entretien avec méthode.


3)- Et si réponse était en vous ?

Le sixième sens n’est pas comme on le croit souvent à tort un “don” réservé à quelques élus mais une capacité latente qui ne demande qu’à s’exprimer pour nous guider.
Apprendre à dialoguer avec sa part intuitive est une aventure intérieure capable de transformer notre lien à nous même et à l’univers d’une manière si positive que notre vie entière peut s’en trouver bouleversée.
L’apprentissage  de techniques stimulant nos capacités extrasensorielles est possible, bien que progressive. L’étude et la pratique du Yi Jing du Tarot ou des runes  permettra peu à peu à votre intuition de s’exprimer à travers un alphabet qui vous délivrera des messages clairs, d’abord pour les autres et enfin pour vous-même, à conditions toutefois de ne pas déroger pas à certaines règles (posez plusieurs fois la même question, par exemple…)
Vous éviterez ainsi la dépendance compulsive  qui pousse tant d’hommes et de femmes à consulter sans réfléchir, aptes à vous diriger en toute liberté et en pleine conscience.


4)-
 Préférez sans hésiter celui ou celle qui n’a pas recours à la publicité :

Toujours coûteuse, elle est inutile aux praticiens talentueux et confirmés dont la clientèle, globalement satisfaite, se renouvelle automatiquement par le bouche à oreille…


5)-
Pas de « consultation-minute » :

Parce que la voyance est un exercice qui demande une mise en condition pour le voyant, et parce que les paroles prononcées ne sont jamais dénuées de retentissement pour son client, préférez des entretiens complets. La réponse à une question unique est un exercice périlleux puisque celle-ci est posée en dehors de son contexte global. Votre vie n’est pas un pain coupé en tranches mais un ensemble dynamique dont il est profitable d’appréhender les interactions. Un vrai praticien n’est pas une machine réglée comme un horodateur… Accordez-vous tout le temps nécessaire  lorsqu’il s’agit des conseils destinés à mieux traverser votre vie : vous n’en avez qu’une.


6)-Transparence des tarifs 
:

Le prix d’une consultation doit être annoncé précisément lors de la prise de rendez-vous, ainsi que la durée de l’entretien et ses conditions de déroulement. Aucun supplément ne pourra être exigé ensuite, même si le praticien, de son fait, accepte de dépasser de temps initial.

PENDANT LA CONSULTATION

Un test probatoire est indispensable : 

Parce que le plus doué des voyants ne voit pas tout le temps ni pour tout le monde, parce que le sixième sens, comme l’inspiration, peut être capricieux, un honnête praticien doit accepter de se remettre en cause à chaque rencontre. C’est pour cette raison que toute consultation, doit être précédée  d’un test d’une dizaine de minutes durant lequel le voyant ou l’astrologue doit se montrer capable de parler précisément du passé et du présent de celui qui le consulte, et ce, sans poser la moindre question et sans que vous ne lui donniez aucun indice (à part votre prénom et éventuellement votre date de naissance…). A l’issue de ce test, vous serez libre de continuer l’entretien si vous êtes convaincu, ou encore d’y mettre fin au cas où les informations énoncées seraient jugées inappropriées ou trop générales. Vous ne seriez, dans ce cas, tenu de ne lui verser aucun honoraire.

Si toutefois vous décidiez de poursuivre la rencontre, montrez-vous respectueux de son travail. Ne cherchez pas à influencer le voyant, ne tentez ni de l’égarer par de fausses informations, ni de le mettre en échec, si par malheur ses prédictions  ne corroboraient pas avec vos désirs. Si certaines prédictions paraissent, sur le moment, logiques ou probables, d’autres demeurent mystérieuses. Il vous faudra parfois attendre plusieurs années avant de voir se vérifier certaines d’entre elles : c’est la règle du jeu…

APRES LA CONSULTATION

Respect de votre liberté :

Après l’entretien, le praticien devra s’abstenir de toute prise de contact avec son client ainsi que de toute relance commerciale. C’est vous -et vous seul- qui savez si vous aurez ou non à nouveau besoin de ses services. Le fait d’avoir partagé avec un lui la part la plus secrète de votre intimité ne fait pas de lui un proche. Votre relation ne lui confère aucune autorité morale sur vous. Un voyant n’est pas un gourou et encore moins un ami. Les praticiens sans scrupules choient les clients isolés -dont ils feignent de devenir les anges gardiens- de manière à les tenter à l’aide d’offres promotionnelles régulières.

Libre à vous de mettre -ou non- en pratique ce que le voyant vous aura conseillé, de le revoir dans l’année, dans 3 ans, ou peut-être jamais. Votre vie vous appartient et vous ne lui devez rien : comme avec un psy, vous l’avez déjà payé …

 

… Parce que Delta Blanc existe toujours en Belgique, je ne pouvais clore ce chapitre sur l’Ethique  sans interviewer sa présidente, ma consoeur Esméralda Bernard…

 
 

MK : Qu’est-ce qui, dans mon discours, lors de la conférence donnée à Bruxelles  (il y a bien longtemps maintenant…) vous a incité à rejoindre notre combat ?

EB : C’était à Verviers, en 1995… J’étais allée écouter une conférence que vous donniez sur la voyance. Votre approche des principes de déontologie, prônée au sein de l’association Delta Blanc, que vous aviez créée avec Chantal Hurteau, était pour moi une évidence! Sur un plan personnel, il ne s’agissait pas de promouvoir ces règles, elles étaient les miennes depuis plus de 15 ans de pratique de la voyance au quotidien. Hélas, j’entendais si souvent des témoignages accablants de victimes d’arnaques… je voulais réagir. L’idée d’appartenir à une profession infestée d’escrocs faisait bondir le bélier que je suis. Idéaliste ! Delta Blanc était la réponse  au combat que je souhaitais engager. Regrouper des praticiens sérieux pour plus de transparence dans la pratique des arts divinatoires. Avec le recul, je mesure  la naïveté avec laquelle, j’ai engagé ce combat, seule en Belgique! Aussi la confiance dont vous avez fait preuve, à mon égard, lors de notre rencontre avec Chantal Hurteau  à Paris. Voilà bientôt 17 ans que je poursuis cette quête d’éthique, rejointe par d’autres praticiens belges, et vous remercie d’avoir été, toutes deux, un véritable moteur dans mon parcours professionnel.

MK : Comment le code déontologique de Delta blanc  transforme-t-il le quotidien des praticiens qui l’appliquent (renforcement de la légitimité des praticiens?  amélioration des relations avec le consultant ?)

EB : Si le public a besoin d’être protégé des charlatans, le praticien a besoin d’être respecté. Adhérer à Delta Blanc, c’est aussi pour le praticien un moyen d’ être abordé avec sérieux dès le départ. Les consultants aux demandes irréalistes (chiffres du lotto, retour d’affection , désenvoûtement, etc…) ne viennent généralement pas vers un membre agréé de Delta Blanc. Ceci permet une clientèle qui consulte avec intelligence – en adulte responsable. Les membres sont fiers du “label” Delta Blanc, ils contribuent ainsi à défendre leur discipline en refusant les dérives. Etre voyant ou tarologue de “profession”, dans une société rationaliste qui juge, nie, ou idolâtre ces domaines n’est pas toujours comfortable. Les praticiens Delta Blanc se rencontrent lors des réunions et des activités. Ils appartiennent à un groupe et se sentent moins isolés. Je trouve fabuleux les liens d’amitié qui se sont créés entre “anciens”. Des fidèles qui sont là depuis 10, 15 et même 17 ans pour certains !

MK : Quelle est votre plus belle victoire ?

EB : Les débuts n’ont pas été faciles. Il faut dire que notre association n’a joui d’aucun soutien financier. Nous ne vendons rien… nous défendons des valeurs! J’ai eu l’occasion, au fil des années, de rencontrer des journalistes intelligents et conscients de l’utilité du mouvement Delta Blanc. Ils ont souvent donné un écho honnête à notre action. Le temps a travaillé en notre faveur, nos valeurs sont identiques depuis le début. Assez rare pour le souligner ! Lors de l’organisation de petites conférences ou de grands colloques, nous avons eu la chance de recevoir des invités captivants qui nous ont fait confiance tels le Dr Jean-Jacques Charbonier , le Prof Jean Dierkens, le Père Brune, Erik Pigani, … et de soutenir des actions humanitaires comme la Fondation Karuna, fondée par le moine bouddhiste Mathieu Ricard lors de sa venue chez Delta Blanc pour une conférence. Suivi par un public fidèle ! De nombreux articles de presse et interventions radiophoniques nous citent régulièrement. Une grande récompense est arrivée en 2010 lorsque le CRIOC  (Centre de Recherche et d’Information des Organismes de Consommateur) nous référencie comme l’association de référence et de sérieux en Belgique! Mieux, le CRIOC publie notre code de déontologie et nos principes d’éthique sur son site. Invitée à l’émission de la RTBF   “On est pas des pigeons “en février 2012, j’ai pu exprimé à une heure de grande audience, les principes du travail d’éthique de Delta Blanc. L’émission a fait le buzz mais elle me laisse un goût amer tant les reportages accablants réalisés sur les arnaques dans ma profession étaient scandaleux. La confiance et le respect, que les journalistes m’ont accordés sur le plateau m’a touchée mais quelle déception et colère de constater que les autorités ferment les yeux sur des dérives. D’où l’appel que j’ai lancé en fin d’émission aux instances juridiques et publicitaires… et  déclenche  la suite de nos actions pour l’avenir !

MK : Comment envisagez-vous le futur pour Delta Blanc Belgique ?

EB : Notre action est, et reste, un travail d’information sous diverses formes. Par nos conférences, colloques, site web, facebook, nos diverses interventions dans les médias, …nous allons bien sûr poursuivre notre combat. Les  praticiens Delta Blanc rencontrent le public sur le terrain lors de conférences . Ils informent sur leurs disciplines (tarot, astrologie…etc) expliquent au public ce qu’il peut attendre réellement d’une consultation. Que certains professionnels acceptent de se livrer à toutes sortes de numéros ridicules, ça les regarde. Nous, chez Delta Blanc, ce qui nous intéresse ce n’est pas de dénoncer ! C’est surtout de proposer une approche transparente de nos pratiques. C’est de respecter des règles. Ma position, en tant que présidente et celle des membres de Delta Blanc, est inchangée depuis le début sur notre volonté de garantir des consultations en face à face. Même si certains professionnels, pour justifier leurs choix de pratiques indirectes (téléphone, internet …) prétextent l’évolution des moyens de communication ! Notre prochain objectif : sensibiliser les pouvoirs publics à une réelle prise en cause de notre action. Ce ne sera pas simple à plusieurs niveaux. Comment réglementer un domaine qui n’existe pas ? Les abus et les escroqueries sont le reflet d’un déni ! L’impasse que font les scientifiques sur ces questions et les autorités qui ferment les yeux sur les dérives. Pourquoi ? Je ne suis pas certaine que la réponse sera facile à donner. Pas sur le fond en tout cas mais les autorités peuvent agir sur la forme ! … Les règles de Delta Blanc sont simples et pourraient être une source de principes sur lesquelles prendre un enseignement . Ma conduite militante et le soutien des membres adhérents s’inscrivent dans une réelle dynamique d’action pour l’avenir. Nous envisageons de passer à la vitesse supérieure en frappant aux portes de manière plus criantes ! Nous préparons un dossier sous l’œil avisé  d’un juriste qui nous assiste … Si au moins il y avait un début de volonté des autorités compétentes de prendre la peine de réglementer simplement comme dans d’autres professions libérales : pas de publicité, pas de démarchage racoleur, tarif annoncé, etc… on ferait  un pas. Une lutte n’est jamais inutile . Le travail d’information est lent . Il faut semer, sans relâche. Informer encore et encore. Y travailler. Ce que nous faisons modestement mais avec conviction et notre devise  Belge ” L’Union fait la force”. Notre souhait  serait d’accueillir de nouveaux praticiens. Il y a certes un petit nombre d’adhérents mais Delta Blanc Belgique est une association bien vivante et active ! Vous pouvez nous retrouver sur notre site www.delta-blanc.net ou notre page facebook.

 

http://www.delta-blanc.net/

https://www.facebook.com/deltablanc.asbl?ref=ts&fref=ts

– Pourquoi une ligne éthique ?
Delta blanc