Parce que Pacôme Thiellement (1) sait passer à travers le voile des apparences, voyage dans le temps pour révéler l’âme cachée des œuvres,  relie la tradition avec la pop culture, use des métaphores sans lesquelles il ne serait pas possible, en voyance, de décrire une image cachée dans une enveloppe, j’ai choisi de répondre à ses questions -et à toutes celles que vous me posez !-
Il publie le 7 Janvier 2015 Cinema Hermética (2) un voyage dans l’invisible de vos films cultes éclairé par son génie singulier …

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LA VIDÉO DE JUIN 2014 ?

Pacôme Thiellement : Pourquoi, pour la première fois, en Juin 2014, as tu mis en ligne une vidéo ?

Maud Kristen : Depuis que je suis enfant, je vois des scènes de violence que j’identifie comme notre futur. Nous y sommes. C’est angoissant pour tout le monde et pour moi la première, mais il nous faut garder une certaine distance : En voyance, l’horizon se déplace et se recalcule au fur et à mesure que le temps s’écoule. Exactement comme sur une route dont le paysage change au fur et à mesure que tu avances. Ce qui est en train d’arriver, c’est ce paysage que je voyais intérieurement depuis si longtemps : il est en train de se matérialiser de chaque côté de la route. Mais cela ne dit pas que la route s’arrête définitivement.

En ce sens, les visions mises en ligne en  2014  n’étaient pas pour moi une histoire nouvelle mais plutôt un épisode supplémentaire dans cette perception d’une crise grave à venir. Un précédent remonte à 1994, l’année où j’ai écrit Fille des étoiles (3) réédité en poche en 1999. Ce livre contient déjà des visons personnelles, mais aussi des messages alarmants obtenus en communiquant avec mon Guide. Au début de l’histoire, ce n’est pas moi qui ai souhaité ou tenté une communication avec lui, c’est lui qui s’est imposé à moi dans une situation particulière que j’ai également racontée dans ce livre. Notre communication s’est affinée à travers une pratique qui consiste à poser une question, puis  à ouvrir des livres au hasard en considérant que les réponses sont les phrases que se situent au-dessus de mes pouces. Les messages contenus dans ces textes n’avaient aucun sens en 1994. Ils prédisaient pourtant, en partie, la situation d’aujourd’hui. Chacun est libre de les lire et de les analyser. Ce dialogue raconte une histoire dont voici le résumé :  La terre y est décrite comme une « boule innocente sur laquelle tombe une malédiction » alors qu’un nouveau totalitarisme une nouvelle dictature, s’infiltre partout sur la planète. L’Etat est tombé en déficit ( en toutes lettres ) et la réconciliation espérée entre les peuples du sud et leurs anciens colonisateurs semble s’achever par un coup de sang ( en toutes lettres également). Mon Guide décrit  ce processus comme la conséquence d’un déni qui aboutit à des expéditions militaires vengeresses. Notre vie bascule, les hommes sont devenus des fauves dangereux et rusés, c’est le dernier quart d’heure 

 

« Fille des Étoiles » page 173 – 174 
page 173 fille des étoiles

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Ces messages ont l’air apocalyptiques, mais  je suis habituée à ce style narratif qu’il est prudent d’étudier symboliquement sans forcément le prendre au sens propre. Le dernier quart d’heure, ce n’est pas forcément la fin du monde, même si c’est la fin d’un acte.
A ces messages s’ajoute – toujours dans Fille des Étoiles– le récit d’une communication troublante et de ses messages. Françoise Taylor, une amie, professeur d’université parfaitement censée avec laquelle j’ai mené de nombreuses expériences de voyance sous enveloppes closes, avait un jour« vu » Jim Morrison au pied de son lit. Il lui aurait demandé de me parler. Mais pourquoi Jim Morrison et pas le voisin du 3e qui venait de décéder ? (rires) Méfiante de nature, j’ai peu de goût pour les pièges spirites avec les grands de ce monde dont je connais la dangerosité et la vanité. Le psychisme d’un voyant n’étant pas encore équipé d’un lecteur de passeport à l’image de celui de la police des frontières, je ne vois pas bien  comment avoir la moindre garantie de l’identité réelle de l’esprit qui frappe à la porte. Et comme il est plus flatteur de se sentir choisie par Jim Morrisson que par  le voisin du 3e, je n’étais pas emballée par l’expérience. Mais nous avons tenté, toujours grâce à la même technique. Là aussi j’ai obtenu des réponses cohérentes. Ici encore, le monde était décrit comme regorgeant de gangs de meurtriers et de fous furieux, dominé par des dealers. (marchands en Anglais, dois-je le rappeler ?) Des fous (encore ce terme) amèneraient la misère, et nous connaîtrions un retour en arrière. Il nous faudrait réagir car nous risquions une  guerre.

 

« Fille des Étoiles », page 191 – 192

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Le remède proposé à l’époque : changer de niveau de conscience…Bon, le monde n’a, hélas, pas pris cette direction.  Mais ne faut-il pas atteindre un certain niveau de crise pour avoir le courage d’opérer des ruptures et de rebattre les cartes ? Va-t-on commencer à prendre conscience de l’urgence d’une transformation radicale  ?
Je suis en train de me livrer à une interprétation de ces précieux conseils donnés à l’époque pour en extraire tout le sens, ce que je n’avais pas fait. J’étais un peu jeune pour en comprendre la profondeur. Je n’ai jamais essayé de renouveler cette expérience de communication avec l’esprit supposé de Jim Morrisson, ni avec aucun autre grand de ce monde mais l’essentiel reste que ces textes aient été partagés comme cela m’avait été demandé à l’époque. Mais aussi que l’évolution du monde n’en fasse pas, à priori de simples mauvaises blagues. En revanche, durant les vingt années qui viennent de s’écouler, je n’ai cessé de communiquer avec mon Guide et de progresser dans la compréhension des messages reçus.
Corrélativement, je sentais, à titre personnel, une pesanteur croissante.
À partir de 2007-2008 j’ai fait des rêves de plus en plus fréquents qui ressemblaient à des films catastrophes, inhabituels sous nos latitudes. J’ai senti qu’un point de bascule était en train de se produire. Celui décrit par les messages de 1994. En 2010,  mon Guide, m’a demandé d’aller vivre à la campagne alors que je cherchais plutôt un rez-de-jardin à Paris. J’étais un peu surprise mais ravie car j’en rêvais depuis un moment, à cause de mes animaux qui allaient y être plus heureux. Mais en creusant un peu il a commencé à m’informer de choses difficiles qui allaient se produire à Paris. J’ai obtenu un premier texte sur l’avenir de la France. Je l’ai lu à tous mes proches, dont tu fais partie. Il n’était pas réjouissant. Mais le second, celui de Septembre 2012, a changé de registre en annonçant des événements beaucoup plus tragiques.
PT : Oui, en effet, ça allait beaucoup plus loin !

MK : Cette fois-ci  il était clairement question de chaos, d’ambulances, de sirènes, d’explosions, de crise grave, tellement sérieuse que mon Guide prédisait une vie vraiment compliquée à Paris. Ce texte – c’était une erreur de ma part dans la précision temporelle demandée – était censé couvrir une période  allant de septembre 2012 jusqu’au 31 décembre 2013.  Quand l’échéance est arrivée, il ne s’était encore rien passé. J’étais un peu soulagée mais restais inquiète.
J’ai transcrit des milliers de pages de communication depuis plus de 20 ans. La marge d’erreur est faible, elle vient parfois d’une mauvaise interprétation de ma part ou d’un problème dans le  choix des mots qui peuvent paraître excessifs après coup. C’est quelque chose de totalement parallèle à ma pratique professionnelle. Dans ma jeunesse, j’ai d’abord imaginé dialoguer avec un Ange -bien que le concept ne soit pas si simple quand on s’intéresse avant tout aux choses tangibles (rires) – puis, plus récemment, avec mon propre inconscient. Jusqu’à ce que je reçoive de lui des informations spirituelles qui correspondent à des traditions dont j’ignorais tout. J’ai dû abandonner l’hypothèse de la communication avec une partie de moi-même mais ce n’est pas le débat aujourd’hui. Je n’utilise jamais mon Guide en consultation, il n’est pas là pour ça et me l’a clairement fait comprendre à une ou deux exceptions près. Un, jour j’ai osé lui demander de participer à une expérience artistique avec Sophie Calle. Il a refusé avec virulence. Le texte obtenu était très cohérent  et cela à tout de même fait l’objet d’un livre et d’expositions. (4)

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Il accepte de répondre à des questions qui me concernent dans tous les domaines de ma vie ou qui sont d’intérêt général. Mais revenons sur les visions douloureuses que je ressentais depuis 2007 et 2008 et qui s’accéléraient. Le principal  élément qui m’a décidé à faire cette vidéo en deux heures avec la vieille caméra pourrie de mon ordinateur (5) c’est le décalage entre la teneur de ce que je m’autorise à raconter à mes amis -et à mes clients- depuis des années et la communication archi-soft de ma page Facebook. La seule vocation de celle-ci, c’est  de partager mes réflexions et parfois de faire signer des pétitions pour la cause animale. Je suis une militante anti vivisection depuis mon adolescence et continue de soutenir aujourd’hui activement International Campaingns (6).

http://www.international-campaigns.org/

Douai 11 et 12 Avril 2015© Internationalcampaigns

Douai 11 et 12 Avril 2015© Internationalcampaigns

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Happening à Beaubourg, Paris avril 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma page n’est pas l’espace idéal pour les prédictions catastrophistes car je m’efforce d’y partager des choses qui ont du sens. Mais qu’est ce qui a davantage de sens que la vérité ? Aucun problème ne se résout mieux que s’il est 1°anticipé, 2° posé.
Diffuser ce que je sentais, c’était, au fond, une nécessité. Je devais m’adresser aux milliers de gens qui me suivaient, ainsi qu’à tous ceux qui m’écrivent continuellement pour me remercier de mes livres et de mon travail. En outre, je recevais régulièrement des messages très insistants pour connaître mon ressenti sur l’avenir du pays. Jusque-là, je bottais en touche…
J’ai décidé un jour de changer d’attitude.
Seulement voilà, je ne me suis jamais permise d’aller voir un inconnu en lui disant ce que je voyais pour lui sans qu’il ne me le demande. Je considère que c’est une prise de pouvoir. Je me suis tranquillisée en me disant que seuls ceux qui le voudraient visionneraient cette vidéo.
Si j’étais restée dans le silence j’aurais eu l’impression d’être  complice de la schizophrénie dont parle Isabelle Stengers (7) dans Au temps des catastrophes entre la réalité qui se dessine à tous niveaux  et le discours politique et médiatique officiel qui promet en permanence le retour toujours différé de l’âge d’or. Un jour où je commençais à parler de cela lors d’un déjeuner, la maîtresse de maison m’a demandé à l’oreille de ne pas faire de politique. Je n’ai pas l’impression de faire de la politique, en tous cas pas comme elle l’entendait. Je n’ai juste pas envie de voir la Terre et ses habitants -humains et animaux- décimés. Est ce que vouloir rester vivant deviendrait de la politique…. ? Je crois que nous en sommes là. Et que c’est ça qui nous rend fous. La vérité ne rend jamais fou, elle nous oblige au sens étymologique du terme ( attacher ensemble, unir…) à nous engager et à nous transformer.
Aujourd’hui, 18 mois plus tard, certaines choses annoncées dans cette vidéo se sont déjà produites, et plus tôt  que je ne l’imaginais. Je n’ai pas envie de revenir sur son long texte, mais certains événements m’ont permis de mieux comprendre mes perceptions surtout depuis le 13 Novembre dernier. Je suis aussi choquée que n’importe qui. Il y a une très grande différence entre ressentir quelque chose en voyance, même de très impressionnant, sur le plan subtil, et devoir le traverser dans la réalité.
Cette vidéo a eu dès sa mise en ligne, un retentissement que je n’attendais pas du tout. Plus de 200 000 vues, c’est énorme. J’ai ai été immédiatement submergée de courriers auxquels il m’était impossible de répondre tant ils étaient nombreux. Peut-être parce que beaucoup de gens partagent aujourd’hui mes perceptions, ce qui n’était pas le cas en 1994… Car comment ne pas être exaspéré par la culture du déni des politiques et des médias mainstream ? Comment supporter d’entendre ces experts et ces journalistes qui se sont trompés toute leur vie, ont été démasqués des milliers de fois en flagrant délit de mensonge mais sont éternellement convier à s’exprimer ? N’est-ce pas là aussi une expression des  fous furieux  et de la dictature annoncée par mon Guide il y a plus de 20 ans ? Un espace où la réalité  semble n’avoir plus aucune épaisseur, où la vérité est devenue une question vulgaire, qu’on méprise ouvertement. Un monde où la parole n’a plus aucun sens.
Ne rien dire – ou plutôt ne parler qu’à mes proches- c’était cautionner ce jeux.  Je n’ai pas envie de cette complicité passive. Ma vidéo aura au moins libéré tous ceux qui culpabilisaient de passer pour des rabats joies. J’avoue l’avoir réalisée  dans un état presque somnambulique…Tu ne  me croiras pas,  mais la date de la vidéo – le 18 Juin- n’a pas été calculée. Je ne me suis souvenue qu’ensuite que c’était celle de l’appel à la résistance du Général de Gaulle, le 18 Juin 1940. Je n’en avais aucune conscience au moment où elle a été postée. C’est un Enorme acte manqué !

Elle n’a pas été mise en ligne pour paralyser quiconque, bien au contraire, car c’est à notre part de liberté qu’elle s’adresse. Elle ne dit pas « c’est comme ça et c’est foutu  » , elle sollicite ce qui nous reste ce libre arbitre -au milieu des décisions prisent par d’autres qui nous mettent en danger- pour choisir de faire confiance ou de se protéger, de rester ou de partir, de créer ou de subir, de communiquer ou de s’enfermer,  de s’organiser ou de laisser submerger.
Rappelle-toi, lorsque nous avions demandé un jour « Quoi faire » ? la divination nous avait orientés sur le fait de devoir privilégier les prises de conscience, la distance par rapport au discours officiel, l’autonomie, l’engagement individuel, l’ouverture de conscience. Il nous faut récupérer notre intuition et l’appliquer dans nos vies. Si quelque bouge, ce ne viendra pas d’en haut, mais d’en bas. Nous sommes des pixels. Si nous changeons, un par un, les uns après les autres, c’est le monde entier qui changera de couleur. Il ne faut plus nous laisser distraire par les promesses, nous sommes des orphelins que les gouvernants ont abandonnés, nous ne devons plus croire, nous devons agir pour nous-mêmes et pour ceux que nous aimons, dans nos vies, ici et maintenant en transformant en actes les valeurs auxquelles nous croyons.

 

PT :Aura-t-elle une suite ?

MK : Oui, lorsque j’aurais quelque chose à ajouter…

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L’AVENIR EST-IL ÉCRIT

PT : Qu’est-ce que l’avenir ? Ce qui est insupportable pour un individu d’aujourd’hui, c’est l’idée que son avenir soit déjà écrit. C’est qu’il soit déterminé à agir de façon préétablie, sans maîtriser son propre destin. Que réponds-tu aux gens qui te demandent si le futur existe déjà ? Si celui-ci est prédéterminé ? Et, dans ce cas, quelle est leur marge de manœuvre ? Dans quelle mesure peuvent-ils encore agir sur leur propre vie ?

MK : La question de la prédestination nous concerne tous mais inquiète particulièrement au moment de prendre rendez-vous avec un voyant. Comme si la planification d’une telle rencontre était une capitulation. Ce n’est pourtant pas de cas. En Europe, nous grandissons avec l’idée de la liberté, c’est une valeur très forte. Il y a des expressions comme «  On est libre, on est en République » qu’on entend depuis qu’on est gosse n’est-ce pas ? Mais si la vie nous fait  comprendre assez vite nos limites, la majorité des gens ne commencent à imaginer que « tout est écrit » que lorsqu’ils passent par des moments très difficiles.  En traversant l’incompréhensible ils se disent «  Ok, je vois que je suis devant des forces plus grandes que moi ». L’absence de contrôle sur les événements produit un sentiment d’impuissance acquise. C’est parfois dans cet état de crise que l’on va consulter un voyant avec une fausse attente  du type « Ok, puisque tout est joué d’avance, je veux savoir comment » Combien d’entre nous passent de la conviction du libre arbitre total au fatalisme le plus obscur ? Vécue  dans cet esprit, une rencontre avec un voyant ne pourra être qu’une capitulation qui annonce un futur déjà tracé. Mais par toi seulement, par le processus démissionnaire que tu es en train d’amorcer. C’est une compréhension vraiment dangereuse de la divination.

 

Illustration originale de « Développez votre 6ème sens par le Yi Jing

http://www.maudkristen.com/mes-livres/developpez-votre-6e-sens-yi-jing-poche/

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Car son rôle, dans toutes les cultures traditionnelles qui l’utilisent et la respectent, se situe exactement à l’opposé de cette définition. Non seulement il ne s’agit jamais de te priver de ton champ d’action, mais au contraire de 1 ) le définir, 2) te donner les outils pour l’optimiser.
Le bouddhisme est une philosophie extraordinairement riche, à laquelle je dois beaucoup, y compris dans la compréhension de mon travail ( 8)  mais la notion de karma est souvent mal comprise quand elle arrive en occident. Percevoir sa loi comme une sanction est une erreur. Ce qui nous enchaîne, ce ne sont pas tant nos fautes passées- réelles ou imaginaires- c’est notre ignorance d’aujourd’hui. L’aveuglement que produisent en nous la peur et le désir.  Cette conviction qu’il serait juste de payer des fautes – réelles ou imaginaires –  est une idée toxique. Elle t’amène à considérer ta souffrance comme morale et surtout extérieure à ce que tu pourrais produire aujourd’hui pour t’en libérer. Quand tu vas voir une voyante, tu ne dois pas attendre qu’elle te prédise un futur écrit sans ta participation mais au contraire qu’elle t’insère davantage dans ton histoire. Ce qu’elle doit  percevoir avant de te parler d’avenir, c’est ce qui te touche, ce qui te concerne, quelle est la nature des liens qui t’attache à tes proches, dont elle ne sait rien. Elle doit se montrer capable de visiter les univers qui t’entourent dans la réalité actuelle de ta vie et te parler de tes projets. Si elle en est capable de réussir cet exercice, elle pourra ensuite percevoir ce que tu es en train de « fabriquer » souterrainement avec l’univers : les accomplissements possibles ou les chemins barrés. Mais la prise de conscience que cela peut produire peut aussi modifier – dans une certaine mesure – ce qui adviendra.  Ton futur n’est pas écrit comme celui d’un pion que Dieu va pousser du doigt sur un échiquier, mais comme celui d’un  pôle d’énergie en perpétuelle action, dont le champ magnétique produira des turbulences et des résonances particulières. Un champ magnétique capable de se penser et de modifier son spectre en accédant à sa propre salle des machines pourvu qu’on lui en donne les clefs.  Mon travail, c’est à la fois de cartographier le futur- parfois sur des années -mais aussi d’ouvrir le capot pour que tu vois comment tu tournes… et pourquoi ça fume. ( rires ) Un futur heureux, c’est toujours la conséquence d’un alignement personnel, de la reconnaissance de nos besoins réels, profonds, c’est fabriquer la résonance la plus juste possible entre nous et le monde.

PT : En passant de l’Orient à l’Occident, une mutation- mais surtout une corruption- s’est produite. Le bouddhisme est une doctrine de la libération ou de la délivrance de l’ego, les Occidentaux – épaulés par quelques escrocs indiens complaisants – ont fait une théorie intensifiant les passions : à la place des transmigrations du « soi » qui se défait de tous ses attachements, nous avons droit à la réincarnation d’un « moi » à travers des vies où on rejoue perpétuellement les mêmes rencontres, et où on finit par obtenir ce qu’on désirait : la consécration des passions individuelles. Son revers est son versant culpabilisant : si tu n’es pas heureux dans cette vie, c’est que tu as été méchant dans la précédente – du coup tu dois accepter ce destin, et surtout accepter que les salauds triomphent. En ce sens, le « New Age » qui avait été annoncé par les Théosophes au début du XXe siècle au moment même où ils pervertissaient la pensée indienne en l’occidentalisant, est l’accompagnateur idéal du libéralisme. Son « supplément d’âme. » Bien entendu tout cela ne ressemble en rien à la véritable pensée orientale, au bouddhisme authentique… Mais revenons à ta pratique et à la façon dont tu envisages la destinée de chacun de nous.


MK :
Ma position devant l’idée de destinée se situe à l’opposé, ma pratique aussi. Sans révolte devant la souffrance,  la sienne ou celle des autres, il ne se passe jamais rien. Ni dans nos vies, ni dans l’histoire.
Si nos ancêtres de la préhistoire n’en avaient pas eu assez de patauger dans la boue des cavernes, nous y serions toujours. Et s’ils ont commencé à interroger les Runes  en quittant leur grotte, je crois que c’est parce qu’ils en avaient assez de prendre Nauthiz (9) sur la tête ou de servir de protéines  aux carnassiers qui passaient pas là.
A un moment, ils ont  réalisé qu’en dialoguant avec des dimensions invisibles, ils vivaient mieux. La même histoire s’est répétée sur tous   les continents. Si ça a continué, partout, tout le temps, c’est parce que ça  fonctionne.
Nos ancêtres ne se sont pas demandés si le futur était écrit, mais s’ils pouvaient passer par la gauche ou par la droite pour traverser la forêt.
C’est dans cet esprit que je travaille.

Mais conduire sa vie au mieux, ce n’est pas devenir tout puissant. La divination est une école de pragmatisme et de modestie. De pragmatisme, parce que tu cherches à obtenir un résultat en définissant une direction- et les informations que tu peux collecter sont très concrètes- de modestie parce que tu vois tous les jours que tu peux te tromper, ou que malgré tous tes efforts, quand une voie est fermée, elle aura de forte chance de le rester. Pas pour te punir. Parce que ce n’était pas la tienne et que tu dois passer par une autre. La question du libre arbitre, je ne saurais pas  l’aborder autrement qu’en te faisant part de ce que j’ai observé, de manière tout à fait empirique, à travers 32 années de pratiques personnelles et 28 années d’exercice professionnel.

PT : Du coup, que faut-il entendre par « futur » ? Que peut-on en voir ? Que doit-on en penser ou en faire ?

MK : Si tu me demandes si le futur existe déjà, je te dirais que cela dépend quel futur, car les événements qui « arriveront » dans nos vies ne sont pas tous écrits, ou alors pas avec la même autorité. Il y a 100 ans, la plus grande partie d’entre nous ne choisissait ni son conjoint, ni son métier. Depuis 60 ans, nous sommes confrontés à énormément de choix personnels, et ce pour la première fois depuis notre histoire. Nous avons beaucoup plus de raisons de consulter que nos grands-parents, puisque nous prenons beaucoup plus de décisions individuelles, tant sur le plan affectif que professionnel. Et pourtant la modernité nous a rendus – en façade-  persuadés  que nous n’avions pas besoin d’oracles. L’ordre social ne nous dicte plus nos vies. Mais la mise en place du projet « Ni Dieu ni maître », c’était  la porte ouverte à un coup d’état réussit de la part nos illusions et de nos pulsions. Et elles ne font pas toujours de supers dieux ni des supers maîtres non plus, les  garces (Rires). Je crois qu’il va falloir inventer une troisième voie…
Ce qui est amusant et paradoxal, c’est que les personnes qui ont le plus peur d’aller voir un voyant -parce qu’elle se sentent insultées par toute idée de prédestination- sont celles qui adhèrent le plus docilement au fatalisme des sciences humaines. Alors que celles-ci ne font que t’expliquer invariablement que ta « liberté » est une croyance produite par ton ignorance. Tu te crois libre, mais ce sont tantôt des généralités statistiques qui prédisent ce que tu deviendras socialement en t’écrasant de leurs probabilités, tantôt ton inconscient qui te dicte tes choix comme un mauvais sort dont un psychanalyste devra te libérer… Cela ne soulève pas beaucoup de protestations, bien au contraire. Mais si j’ose dire avec un Tarot divinatoire dont la synthèse est une arcane négative «  Désolée, vous ne pourrez pas aller au bout de ce projet »  c’est l’indignation  immédiate. Impossible d’accepter de voir son désir entravé par des morceaux de cartons qui refléteraient quelque chose décidé par une autorité externe, mais aucun problème pour se faire laminer par des statistiques. André Breton s’était indigné de cette attitude de l’homme moderne en ces mots  « Les intercessions miraculeuses qui pourraient se produire en sa faveur, il se fait un devoir de les méconnaître. Son imagination est un théâtre en ruines, un sinistre perchoir pour perroquets et corbeaux. Cet homme ne veut plus en faire qu’à sa tête ; à chaque instant il se vante de tirer au clair le principe de son autorité. Une prétention aussi extravagante commande peut-être tous ses déboires dans sa Lettre aux voyantes (10) dont nous reparlerons. L’avantage de mes cartes, c’est qu’elles laissent pourtant une possibilité non négligeable. Demander ce qu’on pourrait faire d’autre  là où les statistiques ne sont pas  bavardes lorsqu’elles t’excluent de la liste des élus. La question de la voyance et de la prédestination est prise dans une double contrainte infernale : Alors que faire ? Dire la vérité, bien entendu ! Quitte à passer parfois pour une méchante femme ( rires.) Il n’y a pas donc pas que la Voyance qui sous-entend une limite à la liberté. L’homme moderne entend tous les jours qu’il est libre en théorie mais déterminé en pratique –non seulement à cause de son ADN mais de ses conditionnements sociaux et psychanalytiques- Alors comment supporter une telle contradiction ?
Nous sommes tous piégés : nous  nous pensons des Aigles mais rageons de vivre une existence de canard en plastique coincés dans une baignoire !
J’ai la conviction que la pratique de divination est la réponse idéale pour pratiquer ce que serait un  libre arbitre éclairé. Ça à l’air d’un paradoxe, vu de loin, mais sur le terrain c’est une certitude.

Les informations que nous recevons des plans non matériels ne sont pas  des ordres, mais des balises. Quand nos yeux de chairs nous permettent  de voir un obstacle,  nous les en remercions. Pourquoi  quand notre troisième œil – ou celui d’un voyant -détecte un problème, crions-nous à notre liberté perdue ? C’est pourtant exactement la même chose.

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Personne ne dit jamais qu’être libre sous entend capable de s’orienter sciemment.  Démonstration : Tu diras qu’un fauve ou un oiseau sont libres mais jamais «  la limace est libre » Pourtant, ne va-t-elle pas où elle veut dans la laitue ? Pour une limace, c’est tout à fait ridicule n’est ce pas ? Mobile, ne veut pas dire libre. Nous connaissons tous des phases limaces lorsque nous passons dans des salades plus grandes que nous ( une entreprise qui ferme, la maladie, une famille qui explose…). Et des moments oiseaux où fauves. Mais nous n’en profitons pas toujours.
Non, nous ne sommes pas libres tout le temps, ni dans tous les espaces de notre vie.

Ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience des zones de liberté que nous possédons, les utiliser, les étendre…
Et pour arriver à ça, je ne connais qu’une solution : développer à une conscience très claire de nous- mêmes et des autres.
Pour arriver à  ce résultat la pratique de la divination n’a pas de rivaux. C’est la voie royale.  C’est la seule qui puisse  donner l’accès à des informations cachées et permettre la rapidité et la détermination dans l’action pour permettre à notre potentiel vital de s’exprimer. Ces informations cachées se situent dans des plans invisibles, non encore investigués par les sciences, ou très imparfaitement. Ce que la voyance me laisse imaginer c’est que le monde visible est un niveau de manifestation dans lequel se concrétisent  des événements qui se fabriquent dans d’autres dimensions. Quand je dis qui se  fabriquent, je devrais dire qui se tissent et se détissent en permanence car nos connaissances et nos intentions, je le répète, peuvent les transformer,  dans certaines limites toutefois. C’est en cela que la voyance et utile : pas pour subir à l’avance ce qui est écrit, mais pour s’orienter.

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PT : En tant que voyante, à quel type de sources as-tu accès et comment les organises-tu ?

MK : En consultation, je reçois des centaines d’informations. Celles que j’obtiens en clairvoyance pure, et celles que je collecte à travers des supports. Il existe des objets technologiques comme les échographies qui permettent de comprendre ce qui se passe en voyance : Sous les ultrasons qu’ils envoient, une forme se dessine peu à peu, exactement comme ma question -lancée dans l’invisible- modèle une réponse en retour.
Bon, d’accord, il te faut juste réussir à imaginer qu’une question posée à travers un oracle  fonctionne comme une sonde à ultrasons mais… je n’ai pas de meilleur exemple ! A mon avis, dans un siècle et demi, ça sera sûrement devenu un sujet consensuel !
Il est impossible de comprendre véritablement comment la divination fonctionne, ni si le futur est écrit, mais ce qui possible, c’est de faire une analyse des résultats obtenus.

Combien de tirage de Yi Jing , de Tarot ou d’oracles  ai-je fait en 30 années, pour moi et pour les autres ? Des centaines de milliers ! Et voici ce que j’ai découvert : si  nous avons le pouvoir de faire advenir certains événements, leur potentiel de réalisation  semble prédéterminé dans des dimensions parallèles…

Dans les prédictions d’un voyant, il existe toujours deux types de prévisions : celles qui ont besoin de ta participation pour se réaliser et celles qui s’en passent volontiers. Je m’explique : si un auteur m’interroge sur le succès d’un livre qu’il est en train d’écrire, et que je lui prédis une réussite, il lui sera très facile de me faire mentir : Il lui suffira de ne pas terminer l’ouvrage.

PT : Donc, par la voyance, on peut mesurer ce qui se passera si cet écrivain fait ce qu’il doit faire, mais malgré tout l’avenir que tu peux voir reste suspendu aux décisions qu’il prendra. S’il n’écrit pas le livre, rien n’aura lieu. Mais pourquoi ne serais-tu pas également capable de voir s’il va terminer son livre ou non ?

MK :  Il y a deux cas de figures très différents. S’il ne peut pas le finir à cause d’un événement extérieur quelconque, je vais probablement le sentir et le lui dire. Ce qui n’est pas prévisible, serait une décision délibérée de sa part, simplement pour exercer son libre arbitre : « La voyante m’annonce que ce livre va marcher. Comme je veux faire échouer cette prédiction, je ne le termine pas. »
Comme il est nettement  plus probable qu’il décide de terminer son ouvrage, que de le détruire pour avoir le plaisir de me donner tort, le Tarot m’annonce un succès. C ‘est l’hypothèse la plus plausible, pas un destin irrévocable. Dans bien des cas, nous ne choisissons tout simplement pas d’emprunter un des possibles que la divination nous propose. Ou ne participons pas assez  pour rendre le probable certain.
Là où c’est plus compliqué, c’est quand un tirage de Yi Jing ou de Tarot dit « non » : Tu ne vas pas avoir besoin de beaucoup participer pour que ça n’aille nulle part. ( rires)  Je pourrais te raconter 10000 anecdotes sur des ventes d’appartement sous compromis, des contrats de travail fraîchement signés et même des mariages programmés qui n’ont jamais marché. Jamais. Mais avec le recul les personnes concernées ont souvent considéré après coup que ce n’était pas plus mal ainsi…
Et ce n’est pas vraiment mystérieux : lorsque nous ne résonnons pas pleinement  avec un événement désiré, mais seulement  par une part de nous-mêmes qui est ignorante et aveugle, il s’évanouit…

PT : D’accord. Si je comprends bien, on peut savoir quand quelque chose n’aura pas lieu. On peut voir quand quelque chose est impossible. Mais on ne peut pas être sûr à 100% que quelque chose aura lieu. On ne peut pas définir le futur avec « certitude ». La voyance a donc d’abord un rôle négatif – mais au sens de la « théologie négative », au sens de Maître Eckhart ou du « Neti-Neti » (le « ni ça, ni ça ») de la pensée indienne : elle définit une situation ou un cas en ôtant du paysage tout ce que cette situation ne comprend pas, ou tout ce qui ne peut pas être associé à ce cas. Elle clarifie et purifie une pensée qui arrive, encore embarrassée de fausses pistes, d’illusions : elle laisse voir à nu ce que comprend réellement une situation, mais une fois cette situation clarifiée, il reste encore à en faire l’expérience – et celle-ci reste « libre ». Dans le cas où l’Oracle dit « Oui », il reste encore cette liberté, mais pourquoi n’existe-t-elle pas également dans le cas où l’oracle dit « Non » ?
MK :  Il n’y a pas une seule histoire semblable, mais en résumé il y a deux solutions possibles : ou l’événement n’a tout simplement pas lieu – ou l’événement a lieu, mais la suite est invivable. Comme ce client embauché  à un nouveau poste et mal informé de ce qui l’attendait Nous nous étions parlés quinze jours avant qu’il ne signe, au moment où il ignorait s’il serait retenu. Je lui avais dit «  c’est une impasse totale » en pensant qu’il ne signerait pas. Il  lui  fallut moins de  deux mois pour découvrir qu’il était tombé dans un piège.
L’impasse était bien là… mais quelques mètres plus loin.

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En ce qui concerne les précognitions sans support, ce qu’on appelle la « voyance pure » j’ai constaté la même chose.  Il m’arrive de « voir » des événements positifs, demandant une participation quelconque de la part de celui qui les entend : ils ne se produiront  pas. Ou en partie. Une cliente m’a raconté s’être trouvée en voyage, dans un lieu et des circonstances que j’avais décrits six à sept années plus tôt. Je l’avais vu y rencontrer un homme avec lequel elle vivrait. La rencontre a été tellement bouleversante qu’elle n’a jamais réussi à vivre son histoire. Le monsieur a été désespéré, elle très déchirée, mais elle n’a pas pu.
En revanche, j’ai rarement décrit des tuiles qui n’ont pas fini par tomber, le plus souvent en produisant d’ailleurs un renouveau salutaire, que je percevais aussi.
Là encore, que ce soit un conjoint qui ne t’aime plus, ton entreprise qui ferme ou la mairie qui décide de faire passer un viaduc dans ton salon, il y a un moment où il faut se rendre à l’ évidence : tu n’es pas tout puissant. Et tant mieux. Ferme les yeux et imagine deux minutes à quoi ressemblerait ta vie si  tes désirs les plus passionnels , le plus immatures,  les plus conventionnels, les plus immobilistes , ou au contraire les plus inutilement orgueilleux s’étaient réalisés ? Il me semble que bien des événements qui sont inscrits comme impossibles dans les mondes invisibles seraient de sacrées galères s’ils se produisaient  dans la réalité…
C’est comme si une trace subtile de la lourdeur de la matière, quand elle se « refuse » à plier – cette pesanteur dont parle si bien Simone Weil, la philosophe, dans La pesanteur et la Grâce – existait déjà dans le monde immatériel où l’histoire est en fabrication… Etre incarné, c’est accepter cette limite. Et être capable d’en faire un point d’appui qui nous contient au lieu de nous emprisonner. Quant à la question des catastrophes (accidents mortels etc.)  inéluctables, la voyance n’est pas destinée à empêcher les gens de vivre mais à parer efficacement les difficultés sur lesquelles nous avons une prise. C’est un terrain dans lequel je ne mets pas les pieds, je m’en suis expliquée largement dans mes livres.
Pour le reste,  s’il est impossible de tout anticiper- et tant mieux – on peut éviter pas mal de déboires. Quand nous obtenons une réponse négative à une question, la voyance trouve une autre piste, en recalculant le meilleur chemin, comme un GPS.  La question n’est pas d’obtenir une maîtrise absolue du futur, mais juste de potentialiser les ressources de  ton champ morphogénétique (11) …

 

PEUT ON APPRENDRE A VOIR ?
 
PT : Peut-on apprendre à voir ou s’agit-il d’un don réservé à une minorité ? Comment apprend-t-on à voir ?

MK : Non, ce n’est pas un don, et ce n’est pas réservé à une minorité. La majorité d’entre nous ont tendance à penser le contraire car de nombreux mystiques  – comme Marthe Robin- ou mère Marie Yvonne Aimée ont vécu des épisodes de clairvoyance et de précognition étonnants. La réalité, c’est que les capacités extrasensorielles sont une capacité universelle du vivant. Seulement voilà : au pays de Descartes, il n’y a pas si longtemps, dès que tu faisais un rêve prémonitoire tu allais voir un psychiatre ou tu imaginais  que tu étais un élu de Dieu…Il y a maintenant  une troisième voie…
Les travaux de Ruppert Sheldrake, éminent biochimiste et biologiste  anglais ont permis de découvrir que les chiens étaient capables de clairvoyance ( 12) en sachant à quel moment leur maître allait revenir. Et même que certains perroquets pratiquaient la télépathie (13 ).
Je raconte souvent l’expérience de N’kisi, ce perroquet observé par Sheldrake . Le protocole était le suivant : il devait se livrer à un exercice de télépathie que consistait à décrire des photos que sa maîtresse tirait au sort et observait dans une autre pièce. Alors que la jeune femme regardait la photo d’une orchidée N’ksi s’est exclamé «  Oh la belle fleur ».
Bien entendu, il y a eu toute une série de résultats positifs pour qu’il soit impossible de conclure au hasard. Si les capacités psychiques s’observent  chez les mystiques – et pas seulement chrétiens- elles s’expriment chez tous les êtres vivants,  pour les orienter, les guider, les protéger.  Mais dans une certaine limite, bien entendu. Les chiens étudiés par Sheldrake  voient la réponse de questions qui leur importent : le retour de leur maître. Pas si il est opportun d’investir dans un immeuble (rires)…
Ce qui est intéressant,  c’est que le sixième sens s’exprime aussi chez les humains en fonction de ce qui leur importe, nous allons y revenir un peu plus loin. J’ai découvert des choses passionnantes sur la manière dont la clairvoyance des autres s’exprime depuis que j’anime des séminaires d’éveil du 6e sens. Depuis 2008, j’obtiens à chaque cession des résultats étonnants. Tellement étonnants que je ne m’y attendais pas moi-même. Lorsque j’avais soumis à un groupe la photo de la porte du garage de Maryin Monroe ( et non pas de sa maison, qui aurait pu être reconnue) 80% des informations données par le groupe -tant sur la personnalité de la star que sur sa problématique affective avec Kennedy-correspondaient parfaitement au contexte. Les caméras de Stéphane Allix ont immortalisé ce moment (14)
Il est arrivé des anecdotes très fortes pendant mes séminaires. Mes élèves,  dont je précise qu’ils exercent  des professions sans rapport aucun avec la voyance, arrivent à capter des informations d’une grande précision : l’un deux a cité la ville de  Nice comme le lieu dans lequel serait décédé la propriétaire de la  bague dont il observait la photo. … C’était exact !
J’arrive à ces résultats en leur faisant pratiquer des exercices de relaxation assez simples. Car contrairement à une idée reçue il ne faut pas se « concentrer » pour voir, mais plutôt faire le vide. Ce n’est pas facile. Mais j’ai quelques bottes secrètes pour faire taire le mental  et l’émotionnel, où plus précisément dépasser leur jet continu de messages brouillés par le désir et la crainte. C’est toute la différence entre vivre un embouteillage dans sa voiture et l’observer d’un hélicoptère…Ça change tout. Mais une fois qu’on à fait le vide,  une question mystérieuse demeure : Avec  quelle partie de notre conscience recevons-nous une information, alors que nos sens ne peuvent pas y accéder ?
C’est cette question qui est la plus passionnante. J’ai un début de réponse, très empirique, mais que Bertrand Méheust  partage (15) (16).
C’est comme si le 6ème sens, pour se mettre en marche devait se servir des 5 autres. Le problème, c’est que les 5 autres, pour avoir une idée de l’image qui est cachée dans une enveloppe ou des sentiments que quelqu’un te porte, ils ne vont pas t’être très utiles. En fait, ce sont leurs expériences passées qui vont te servir de banque de données. Je m’explique : c’est en combinant des fragments de ta mémoire que tu  fabriques une perception extrasensorielle.  Elle ira chercher des couleurs, des formes, des bruits, des pensées et parfois même des odeurs déjà enregistrés dans tes souvenirs. Contrairement à une idée reçue, la voyance n’est pas une révélation importée de toute pièce de l’extérieur, c’est une reconstitution intérieure qui, même fulgurante, a besoin de matériaux.
Les fragments de mémoire personnels, comme les pixels d’une photo vont se combiner pour former une représentation de l’information recherchée, que celle-ci concerne quelque chose de matériel (comme une maison) ou d’abstrait (la situation entre deux personnes.)
Mais surtout, ce qui sert de « liant » entre ces pixels,  comme le mastic entre les carrés de la mosaïque, c’est la sensibilité. Et la sensibilité est  forcément subjective. Sans elle, pas de voyance possible.
Apprendre à Voir est un paradoxe puisqu’il s’agit 1°de découvrir  sa subjectivité, 2° de réaliser qu’elle est  intelligente, 3° de  constater qu’elle permet d’atteindre une certaine objectivité.
 Inutile de te dire que chaque psychisme à son style. Ce qui nous constitue psychologiquement, socialement et culturellement se révélera plus ou moins efficace pour répondre avec nuance et précision à la question posée. Et plus nous aurons vécu, lu, appris, observé, ressentit et plus nous serons capables de « voir » avec cohérence et finesse. Ce qui compte, c’est la richesse de la mémoire.
Et cette richesse, elle se stimule et s’exerce aussi. Au départ, ce que j’enseigne à mes élèves, c’est à se souvenir. Car la mémoire que je convoque est à l’opposé de celle que tu sollicites lorsque tu étudies. C’ est une mémoire affective, émotionnelle, sensible et imaginative. Une mémoire qui réapprend à voir comme dans les rêves, ou comme dans nos souvenirs les plus anciens, ceux de notre petite enfance. Ces exercices sont tout à fait rééquilibrant. Toute notre éducation nous amène à étouffer un pan entier de notre conscience. Nous apprenons à rationaliser en quantifiant tout ce que nous traversons. Cela dévitalise totalement notre perception des choses. Pour apprendre à voir, il faut apprendre à ré-enchanter le réel.
C’est le premier bénéfice. Tu ne vis plus au même niveau, ce que tu regardes, ce que tu sens, ce que tu entends devient beaucoup plus présent.
Une fois que mes élèves sont capables de se souvenir comme cela – et ça va assez vite- ils se mettent en général à rêver plus intensément la nuit, ou à être beaucoup plus curieux du monde tout au long de la journée. Comme si les choses observées prenaient un certain relief.

 

L’Ecole va proposer ses premiers séminaires début janvier 2016

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Alors on passe à la phase Deux. Sortir du « je » et apprendre à devenir « l’autre ». Je leur apprends à rentrer dans d’autres formes de vie. Dans mon nouveau programme que j’ai préparé avec tellement de soin que j’ai pris neuf mois de retard (!) je vais consacrer davantage de temps à cet exercice car il est très important. Voir, c’est devenir ta cible. Tu n’as pas d’autres moyens. Moi qui te parle, aujourd’hui je suis devenu un local commercial à rénover (il fallait bien que je le visite à distance pour donner mon avis !),  l’associé quinquagénaire en burn-out d’un de mes clients, et aussi une petite fille de 6 ans désespérée pas le décès de son chat. Tu vois, je vais bien, mais inutile de te dire qu’en 28 ans j’ai pris toutes les formes et fait psychiquement plusieurs fois le tour de la Terre !
Il semble que ces exercices, au lieu de dépersonnaliser, permettent au contraire de mieux se comprendre et s’affirmer. Certains élèves m’ont confié que pour la première fois de leur vie ils avaient été capables de dire « non » et de s’affirmer là où ils en étaient autrefois incapables.

P.T. Oui parce que, contrairement au préjugé qui voudrait que la connaissance nuise à l’action parce qu’elle nuirait à la spontanéité, il faut voir cette dernière comme le produit ou la synthèse des connaissances accumulées sur des expériences passées. Plus on « voit », plus on se transporte dans la psyché d’autrui, plus on sait. Et plus on sait, mieux on peut agir « spontanément ».

MK : C’est normal, si  je suis capable de devenir l’autre, je suis moins menacée dans mon petit moi. Et ce n’est jamais très difficile de devenir l’autre. Ça passe tout seul. Comme la mémoire a été modifiée, transformée, boostée, il n’y a aucun problème. Et lorsqu’ils se sont sentis assez profondément Aigle, Cactus, Fourmis… on peut passer à la télépathie, à clairvoyance et à la précognition.  C’est le grand saut, c’est la phase Trois.
Ils connaissent les exercices de relaxation qui les déconnectent du mental, ils ont à disposition une mémoire enrichie, ils savent se projeter dans l’autre :  Ils sont donc prêts pour raconter la vie du propriétaire d’un bijoux, l’histoire d’un lieu, et deviennent même capables  de savoir quelle image – ou quel film- je suis en train de regarder. Ils sauront ensuite découvrir dans quel lieu – tiré au sort -je  me rendrais à une date et une heure précise. L’étape d’après c’est qu’ils pourront décrire la vie de personnes  dont ils n’auront que les initiales, l’évolution d’un projet, et bien d’autres choses encore…

Mais il y a une autre façon d’apprendre à voir, c’est l’étude d’un alphabet  divinatoire. Oser se dire que la réponse est dans un lancer de pièces ou une carte que notre main choisit face cachée, c’est une expérience déroutante. En tirant mon premier Yi Jing, je me suis dit que la réponse, malgré sa justesse, ne pouvait être due qu’au hasard. Quand on connaît la cohérence des tirages de Yi Jing ou de  Tarot, on est vite obligé de se rendre à l’évidence : une part de nous-mêmes, si elle rentre en intelligence avec les symboles, intercepte des messages tout à fait clairs satisfaisants… Il suffit d’un peu de patience et d’un bon apprentissage.

PT : Longtemps, pour moi, le Tarot était un objet de contemplation et de réflexion, un réservoir d’images aux significations multiples, un jardin de symboles. Je l’aimais comme j’aimais la poésie, ou la musique. Grâce à toi, j’ai acquis une connaissance pratique du Tarot – et je l’utilise notamment dans mon écriture. J’ai appris à ne pas m’en laisser compter par une pseudo-ambiguïté des cartes qui est une manière de rester complaisant avec nos idées initiales – accommoder la réalité pour qu’elle continue à ressembler à nos illusions. Je m’explique. Un « mauvais » lecteur de Tarot voudra faire dire à la carte ce qu’il a envie qu’elle dise : il forcera son sens, obligera la carte à être plus équivoque qu’elle ne l’est. Il tirera la Maison-Dieu et décrétera qu’il va vers la gloire. Tu m’as appris à cesser d’agir ainsi et à écouter ce que dit vraiment la carte : sa signification précise sur le moment, sa parole « claire ».

MK : Ce qui cause les échecs, ce sont les projections que nous faisons sur les images en refusant d’apprendre précisément le sens des symboles.
Si une part intuitive existe dans une lecture, les Oracles ne sont pas de simples supports projectifs, comme la surface réfléchissante de l’ongle. Les oracles  possèdent leur dynamique propre, leur structure particulière, exactement comme des langues. Les symboles se conjuguent et on ne peut pas leur faire dire n’importe quoi.
Nous devons apprendre à traduire en mots, une réponse qui est en images. C’est un exercice rigoureux et logique, pas un rêve éveillé…même si des informations de clairvoyance pure s’ajoutent à l’interprétation purement symbolique d’un Tarot…
Une autre cause courante d’échec, c’est aussi la multiplication de tirages sur une question identique.
Un acte divinatoire doit ressembler au geste d’un calligraphe japonais : un seul jet, sans reprise.
J’enseigne à mes élèves à combiner l’intuition avec le respect du sens symbolique. La dernière cause d’erreurs, la plus fréquente, c’est l’incorrection des questions posées. Pour décrypter le message des oracles, il faut leur donner le moyen de  nous répondre. Et la qualité de leur réponse ne dépend …que de la qualité de notre question. Tout va bien quand elles sont pointues comme des flèches : elles atteignent leur cible et la réponse est limpide.
Toute la difficulté, quand on travaille seul, c’est d’y consacrer le temps nécessaire. J’ai du y passer des années entières. J’ai tout noté, analysé, vérifié et comparé. J’ai appris à me perfectionner sur le terrain, grâce à la pratique.

 VOYANTE ET RATIONNELLE ?

PT : Lorsqu’on a en tête le cliché de l’Oracle de Delphes ou certains visionnaires en état de transe, on imagine la voyante comme une personne se contentant de subir des visions ou des informations venant de l’extérieur ; un suppôt, en quelque sorte, d’une expérience qui la dépasse. Or, tes séances sont partagées entre une partie où tu vois, et une autre où tu expliques, et rationalises, les éléments que tu as reçus ou vus dans l’objectif d’aider le consultant à s’orienter. Es-tu la seule à concevoir ainsi ton métier de voyante ? Comment en es-tu arrivée à une telle capacité d’analyse et de rationalisation ?

MK : Ce que la voyance m’a apprise – et que certains travaux de parapsychologie semblent confirmer – c’est que les informations obtenues par la clairvoyance et la précognition passent toujours à travers un prisme, celui du psychisme du voyant.
Je vais te dire quelque chose d’incroyable : c’est la voyance qui m’a rendue rationnelle. J’ai passé mon enfance dans un brouillard fait de terreur et de solitude à cause d’un climat familial qui aurait dû me conduire en psychiatrie, ou à la morgue. A l’adolescence j’ai commencé à me révéler très créative- à travers l’écriture, d’abord poétique. Mais je n’arrivais même pas à faire des maths élémentaires tellement j’étais anxieuse. Si on m’avait dit que je m’intéresserais un jour à l’épistémologie, je n’aurais même pas su ce que le mot voulait dire ( rires. )
J’avais des problèmes personnels  sévères : il fallait échapper aux prédictions catastrophiques que les sciences humaines auraient faites à mon sujet. Je plaisante car je ne connaissais que très vaguement leur existence, à l’époque. Mais la menace d’avoir une vie pas drôle, je la sentais concrètement roder autour de moi. Y échapper était la seule chose qui m’intéressait. J’avais 14 ans et j’ai acheté un petit livre idiot sur les lignes de la main. J’ai regardé ma ligne de vie et je me suis dit qu’elle était très courte. Je m’imaginais morte à 20 ans. J’ai pensé «  ce n’est pas très grave, si ça doit continuer comme ça » même si, bien entendu, j’avais envie d’autre chose que de disparaître.
Au même moment, j’ai commencé à faire un tas de rêves prémonitoires tout à fait éclairants dans lesquels j’étais parfois orientée par des présences qui me délivraient toutes sortes de messages. Je me réveillais complètement transformée. Ce qui se passait la nuit était une expérience beaucoup plus réelle et utile que ce que j’apprenais au lycée dans la journée. Je vivais déjà dans deux dimensions. J’ai eu le bon sens de ne pas aller raconter çà à mes profs qui nageaient en plein matérialisme. Ce n’était pas raisonné, juste une façon instinctive d’éviter des ennuis supplémentaires. Je  voulais devenir écrivain. A ce stade aucune découverte des bienfaits de la rationalité  à l’école, j’étais en mode protozoaire, et totalement incapable de penser, sauf à trouver les failles dans ce qu’on me racontait. Après mon bac, j’ai continué mon chemin qui a été anormalement chanceux : j’ai pu faire quelques études,  j’ai trouvé un travail intéressant,  j’ai rencontré des gens aimants et brillants.
Ô chance suprême, j’ai même eu l’opportunité de me faire éditer en tant qu’auteur, à 23 ans.
Mais je ne  réfléchissais toujours pas.  A la place, je barrais le bateau à coup de tirages de Yi Jing et de Tarots. Je n’ai pas peur de dire que la divination m’a sauvée. Grâce à elle j’avais des réponses dont je n’aurais pas pu me passer car j’aurais été victime de moi-même et de mes fragilités. Je gagnais bien ma vie dans une centrale d’achat d’espace et je ne pouvais pas imaginer quitter ce travail pour devenir voyante. J’ai souvent raconté, dans mes conférences (17)  mais aussi dans mes livres, comment je suis devenue professionnelle pour réussir à terminer un manuscrit.

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PT : C’est magnifique, et ça n’aurait pas forcément fait de toi une mauvaise écrivaine d’ailleurs. Regarde le très grand écrivain de science-fiction Philip K. Dick : il a rédigé toute la trame de son roman Le Maître du Haut-Château en tirant le Yi-King. On le retrouve dans son roman : les personnages tirent le Yi-King pour prendre leurs décisions et ce sont les tirages réels du Yi-King qui déterminent la suite de leurs actions. Mais enfin tu as décidé autrement – et c’est peut-être tant pis pour la littérature mais c’est certainement tant mieux pour la voyance !
MK : Oui, moi aussi j’ai adoré ce livre ! C’est en devenant voyante que j’ai  été obligée de réfléchir. Il me fallait comprendre ce que je vivais et les problèmes qui en découlaient. C’est devenu une question de survie. Imagine : tu produis quelque chose d’assez précis, qui s’appelle de la voyance.  Tu rencontres un succès important. Et à partir de ce jour-là, le monde se divise pour toi entre ceux qui acceptent que tu « vois »et les autres qui essayent de t’expliquer que tu as 10 000 qualités et défauts qui expliquent parfaitement ce que tu crois faire (de la voyance) mais qui, en fait,  n’existe pas et qu’ils s’approprient sous tes yeux en lui donnant d’autres noms, pour clore le débat.
 En quelques années tu entends que tu es psychologue, compatissante, intelligente, élue de Dieu mais aussi mythomane et simulatrice, cela dépend du point de vue de ceux qui pensent et parlent à ta place.  La seule chose qui m’a préoccupée a été de contribuer à ce que cela change. Puisque je vivais le phénomène, je devais participer à sa  réhabilitation. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à me questionner sur les causes de leur déni, pourquoi ils butaient devant la réalité du phénomène. Il m’a bien fallu commencer à chercher. Je rencontrais parfois des gens bien intentionnés qui ne comprenaient pas mon combat et me disaient«  Mais laissez-les donc, s’ils sont trop bêtes pour ne pas y croire ». C’était incompréhensible pour moi, ça le  reste encore, ce discours autour de la croyance. La voyance est une capacité réelle, elle doit être étudiée en tant que telle. Je ne vois pas pourquoi on devrait « croire » à un phénomène qui n’est ni accidentel, ni isolé, ni miraculeux. Alors je me suis retrouvée dans la situation de ces héros de séries américaines qui se mettent à bricoler des hélicoptères en essayant de les faire décoller, alors qu’ils ne sont ni pilotes ni ingénieurs….
Ce n’est pas compliqué, j’ai pris tout ce que j’avais sous la main et je l’ai observé, analysé. J’ai une passion pour la vérité, dans la grande et la petite histoire. J’ai eu la chance de rencontrer des chercheurs qui partageaient les mêmes centres d’intérêts. Ils m’ont énormément apporté. En outre, mon approche de la voyance a toujours été de vouloir mesurer le phénomène, c’est pour cela que j’aime travailler comme sujet psi, ou que j’ai toujours noté mes tirages de Tarot et de Yi Jing. Au même moment, j’ai  constaté comment  l’imaginaire de mes client(e)s pouvait être pollué  par des croyances qui m’empêchaient de travailler et rendaient les gens très malheureux. Je me suis demandé pourquoi les gens croyaient à des choses qui ne correspondaient en rien à ce qu’ils pouvaient observer, mais à ce qu’on leur racontait dans la mauvaise littérature, les comédies romantiques, mais aussi dans la presse économique (rires). J’ai passé tout mon propre système de croyance au tamis : vrai on garde, faux on jette. Gros ménage. Je n’ai pas gardé grand chose de ce à quoi je « croyais » quand j’avais 25 ans..
Cette rationalité m’a aussi permis de m’ancrer au lieu d’exploser. D’inventer un cadre dans lequel pratiquer- et de m’y tenir.
Le danger en voyance, pour ton équilibre, ce n’est pas la vision, c’est ce qu’elle va produire dans tes relations avec les autres d’abord, dans le champ social ensuite. Le monde moderne- qui ne te brûle plus- va te tendre deux perches qui te conduiront l’une comme l’autre à ta perte. Comme tu es parfois naïvement admiré,  tu peux te mettre à vivre tes capacités comme une chose extraordinaire et de te sentir investie d’une mission divine. Tu deviens un sauveur qui prend le pouvoir dans la vie des autres avec l’intention de les subjuguer. C’est la voie royale pour devenir un gourou, mais ce n’était pas la mienne. La deuxième perche, c’est la facilité qui consiste à dénaturer ta pratique à travers un type d’ exercice professionnel qui va la détruire. Consulter à la chaîne, ne pas oser  déplaire en disant à tes clients ce qu’ils ont  envie d’entendre,  intriguer avec tes clients « intéressants » pour faire des affaires.  J’ai su m’en préserver parce que j’ai toujours été consciente que la voyance était un exercice  très exigeant, très glissant qui allait me demander une  attention particulière dans la préservation d’un cadre éthique beaucoup plus formel et rigoureux que si j’avais été médecin généraliste… Un de mes amis psychanalyste, Alexandre Berlinski, a trouvé cette très belle définition de son  travail que je lui emprunte volontiers « On ne dévore pas ses patients, sur un mode ou un autre, donc on n’essaye pas de s’en faire aimer ou obéir »  C’est exactement comme cela qu’il faut travailler pour pratiquer la voyance sans être emporté.

 

PT : Ça c’est quelque chose que tu m’as appris, et que je n’avais jamais entendu dire avant avec autant de clarté : le Tarot ou le Yi-King sont des instruments idéaux pour rompre avec nos illusions – notre esprit est pollué par les idées que nous nous faisons sur les choses, et nous sommes incapables de nous orienter seuls. En consultant un Tarot ou un Yi-King (mais plus encore une voyante évidemment !), nous pouvons faire cesser ces mauvaises narrations de la conscience – ces stupides illusions que nous nous racontons à nous-mêmes en croyant qu’elles nous aident à vivre, alors que c’est précisément le contraire. Les illusions nous détruisent. Les illusions nous enferment. Les illusions nous tuent. Et je trouve tellement têtu que tu sois restée voyante coûte que coûte alors que tu m’as plus appris – à moi ou à d’autres – que tant d’intellectuels ou de philosophes. Tu m’as appris le caractère inconditionnellement mauvais des illusions ou des « salades qu’on se raconte sur les choses », et si pauvre surtout devant la richesse de la réalité.

 MK : La voyance permet de faire la différence entre avoir des rêves et mettre en place des projets réalisables. C’est bien pour cela que j’ai  voulu rester voyante. Seulement et intégralement ! Même si cela reste, aux yeux de tant de gens un métier scandaleux, une arnaque. La valeur de ce que j’ai découvert en développant mes capacités depuis tant d’année a transformé intimement mon regard sur le monde. Pour mon plus grand bien. Je m’accommode donc de ce malentendu, même s’il est très injuste. Pas pour moi, qui suis reconnue et respectée, mais pour la connaissance en général, et celle de la conscience en particulier. Il y a tant de choses tellement plus injustes et choquantes. Comme l’horreur de la condition animale, par exemple, dont tu sais à quel point elle m’obsède, mais pas seulement…
Après je crois que c’est aussi une question de personnalité : je suis terre à terre, pragmatique, j’aime les sciences. Pas seulement la musique et la littérature. C’est cette rationalité qui m’a conduite à accepter des défis télévisés  grand public. C’était la meilleure façon de marquer des points, pour couper court aux discussions avec l’expert de service qui t’explique que tu te contentes d’observer ton client comme un physionomiste  pour arriver à lui dire quelques généralités.
Hop, une démonstration ! Rien de tel pour ne pas perdre de temps quand tu la réussis (rires) Les gens sont parfois déçus par mon rationalisme et ma « normalité » . Ils espèrent rencontrer une personne bizarre, avide d’histoires étranges ou consommatrice de recettes spirituelles miracles…  Mais dans mon travail comme à ma recherche personnelle, ce qui m’intéresse n’est ni ce qui se croit, ni ce qui se prêche : c’est ce qui se pense, se démontre, se partage et s’enseigne.
POURQUOI AVOIR  QUITTE LA FRANCE ?

PT : Pourquoi as-tu quitté la France ?

 MK : En Septembre 2012 , mon Guide  m’a donc conseillé de  plier bagage. Je n’ai pas cherché à négocier non plus pour rester… Mes lecteurs, depuis  Fille des Etoiles savent, nous l’avons vu, que je communique avec une Intelligence dont j’ai cru qu’il s’agissait de mon inconscient, avant de conclure à une présence extérieure… La seule raison qui me fait écouter cette influence mystérieuse, c’est la pertinence de ses conseils. S’ils peuvent être déroutants,  ils vont toujours dans le sens de ma croissance intérieure.

Je venais de m’installer un an plus tôt à deux cent kilomètres de Paris, à la campagne,  pour mon plus grand bonheur et de celui de mes chiens. J’avais réalisé un rêve : ne plus vivre en ville. J’avais  exercé et vécu à Paris pendant 25 ans dans des endroits merveilleux mais j’avais besoin de silence. Mon compagnon et moi-même cherchions une région plus sauvage où vivre ensemble. Nous hésitions…Ardèche ? Alpes ? Vendée ? Je trouvais déjà ça très osé d’aller jusque dans les gorges du Verdon (Rires. )
Mes clients -de plus en plus nombreux à vivre à l’étranger-  avaient réussi à me convaincre d’essayer la vidéoconférence. Ça a été une vraie révélation. Je profite de l’occasion pour revenir sur un malentendu. Je n’ai jamais considéré qu’il était impossible de travailler par téléphone comme l’illustre clairement ce passage de Fille des Etoiles (18) mais ce n’était pas mon truc pour plusieurs raisons.

Extrait de « Fille des étoiles  » 1994, page 223 et 224

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La première raison c’est que je  m’opposais -et m’oppose encore-  aux pratiques qui permettent un usage impulsif, de la voyance : poser fébrilement une question, à n’importe quelle heure et à n’importe qui, sans rendez-vous et donc sans démarche. Pour le reste, la vidéoconférence permet un échange visuel et une qualité d’échange que je préfère, humainement parlant, même s’il ne m’est pas nécessaire techniquement. 

La vidéoconférence est un outil étrange  et fabuleux qui permet un mélange de distance et d’intimité assez paradoxal, très propice au phénomène. Et l’inhibition s’amenuise chez celui qui me consulte. Nous savons tous dans quel état nous met un rendez-vous attendu avec impatience… Ça n’empêche pas forcement les dentistes de travailler mais pour la voyance c’est beaucoup plus embêtant. ( rires) Tout est différent lorsqu’on est assis dans un lieu choisi et devant son ordinateur. Internet ne modifie pas seulement nos modes de communications affectives à travers les réseaux sociaux, ses techniques peuvent modifier notre façon de travailler, qu’on soit  chercheur (19) ou voyant.
J’avais donc déjà largement expérimenté les bienfaits de la vidéoconférence quand mon Guide m’a suggéré de changer radicalement de vie. J’avais déjà quitté la ville, j’allais quitter la France.

Lorsque je lui demandé conseil sur la région de France où je pourrais m’installer, j’ai obtenu des réponses négatives. Abasourdie, j’ai creusé. J’ai découvert  que je n’avais plus rien à faire en France et je savais grâce à lui qu’il allait s’y passer des choses compliquées. J’ai demandé à mon compagnon s’il acceptait de partir.  Sa réponse a été « Oui ».
Il ne restait plus qu’à chercher, toujours grâce aux conseils du Guide. D’abord le continent : l’Amérique Latine. Le pays ensuite : l’Uruguay. Je ne peux pas dire que j’étais emballée, je ne savais même pas où c’était sur la carte. Un grand oncle -que je n’avais pas connu- était allé s’y installer définitivement  avant ma naissance. Je suis allé sur Google Map. J’ai tapé U.R.U.G.U.A.Y

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C’était un tout  petit pays, entre le Brésil et l’Argentine. On a regardé deux ou trois vidéo. J’ai dit à mon ami «  Ça te va ? » La réponse a été «Mais oui, c’est super ! ». Alors tout a été très vite.

PT. : La France ne risquait pas de te manquer ?

MK :J’avais  fait des choses fantastiques en France mais au fond je sentais que je devais évoluer autrement, et que cette évolution devait passer par une rupture. Mon métier demande un équilibre exigeant, une énergie particulière. Je ne les trouvais plus dans l’hexagone, je sais que je ne suis pas la seule.

C’était Game over : Partir en Amérique du Sud à presque 50 ans, sans parler un mot d’Espagnol c’est une déconstruction radicale, un choc tectonique !  Ça a produit un appel d’air fantastique dont je n’imaginais ni la puissance ni les bienfaits.
Des amis m’ont demandé ce que j’allais faire là-bas. J’ai répondu « Je ne sais pas ». Au début, il y a eu des moments totalement dingues. On connaît tous des terreurs, des phobies, des situations limites n’est- ce pas ? Heureusement, mon amie Elli Medeiros qui est Uruguayenne -et sur place sa famille – m’ont donné un coup de main. Des personnes d’une immense générosité, comme de nombreux Uruguayens ! Mon compagnon a, lui aussi, été d’une adaptabilité record et d’un soutien sans faille dans l’aventure commune. Certains amis m’ont épaulée pour organiser la transition. Mais j’ai quand même  traversé toutes mes terreurs d’un seul coup… et en un temps record. Mais quel cadeau !

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P.T. : Quel type de cadeau ?

MK : Après la frayeur de l’inconnu, je suis tombée amoureuse de l’Uruguay. C’était à la fois neuf et …déjà vu.
Mais comme  dans un rêve.
J’ai souvent raconté en conférence ou dans les médias cette histoire de roman que j’avais commencé  à 21 ans et qui était le récit prémonitoire de ma propre vie, sur les cinq années qui suivraient.
Avec l’Uruguay, il s’est passé un phénomène similaire.
Cette fois-ci, ce n’était plus un roman mais une collection de photos. Te rappelles-tu ces images de pick-up, de vielles Chevrolet et de cow-boy des années 50 que je partageais sur le net sans raison avec mes amis, deux ans avant de m’en aller? Ça me hantait. J’allais chercher les premières photos couleur d’une Amérique rurale qui n’existe plus …

PT : Oui je me souviens très bien. Des photos exprimant une nostalgie et une beauté cinématographique.

MK : Le jour où je suis arrivé dans la campagne où je vis aujourd’hui , j’ai compris : Ces photos, c’était le décor de ma nouvelle existence. Tout y était : les chevaux pies,  les grands espaces vierges, les vieux pick-up cabossés. J’avais cru me distraire en collectionnant des images du passé : J’avais confectionné un portfolio de mon futur !

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Photo vintage, partagée avec mes amis en 2011


 

 

 

 

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La même ou presque pour nous accueillir devant un de nos restaurants préférés à Colonia del Sacramento

 

 

 

 

 

 

PT : Pas de regret ?

MK : Non, aucun. Avec la maturité, j’ai besoin de silence, de nature, d’exercice physique, d’un contact puissant avec les éléments. J’y trouve toute la disponibilité intérieure  dont j’ai besoin pour continuer à conseiller et guider ceux et celles qui me consultent.
Depuis longtemps déjà, je sais que ma place est à la fois dans le monde, et hors du monde, pour me ressourcer. Je n’ai jamais été mondaine. Je suis sauvage et nomade, même si je ne me suis jamais sentie autant « chez moi » que depuis que je vis ici. Colonia est une ville pleine de paradoxe, à la fois surannée et authentique, paisible et puissante. Elle est construite d’éléments architecturaux disparates, mais merveilleusement cohérents, comme le monde des rêves. Quelle que soit la rue que tu empruntes, à un moment, le goudron stoppe et  le Rio commence… C’est assez fascinant.

C’est un lieu idéal pour pouvoir me consacrer à la recherche de nouveaux alphabets divinatoires : les élaborer, les tester les perfectionner. Je viens de travailler  pendant une année à mettre en place mon projet d’école qui est maintenant finalisé et dont les premières sessions vont commencer.
Quand je parlerais et écrirais correctement l’espagnol j’approfondirais  l’histoire des Charruas, ces Indiens qui vivaient autrefois sur les rives du Rio exactement là ou je suis aujourd’hui…
Mais je n’ai rien contre le fait de continuer à participer à des projets qui  utilisent la voyance là où on ne l’attend pas, en France ou ailleurs. Je reste ouverte aux recherches et aux collaborations, à condition qu’elles permettent une meilleure connaissance du phénomène et soient d’intérêt général. Lorsque qu’Isabelle Stengers, Emilie Hermant et Vinciane m’ont demandé de participer à un projet pour Dingdingdong l’institut de coproduction de savoir sur la maladie de Huntington (20 )  j’ai tout de suite accepté. Donner des conseil en éthique ( 21)  pour aider à l’annonce d’un diagnostic, c’était un exercice passionnant ! Le spectacle a été une réussite ( 22). J’espère que leur collectif fera des émules…

PT : Pour défendre la voyance  comme tu l’as toujours fait ?

Aujourd’hui, je suis persuadée que l’enseignement est le meilleur moyen de faire avancer les choses. C’est aussi pour cette raison que je viens de créer l’Ecole Maud Kristen. Que chacun puisse développer son sixième sens par lui-même, c’est la suite logique de mon travail. Ce qui m’intéressait en France, c’était de collaborer à  des recherches,  en tant que « sujet psi »… C’est pour cette raison que j’ai aussi accepté  de me prêter à toutes sortes de démonstrations grand public. J’espérais  attirer l’attention sur les capacités psychiques non conventionnelles pour que des chercheurs  finissent par obtenir des fonds publics pour travailler en France. En vain. Il existe des laboratoires de parapsychologie scientifique dans toute l’Europe et aux USA. Mais rien en France…
Les initiatives privées, c’est bien, mais ça reste insuffisant. Je ne suis pas parano. Des chercheurs comme Yves Lignon ( 23) ou Bertrand Méheust (24) ont connu toutes les difficultés du monde à faire reconnaître leur travail sur le plan universitaire. Puisque c’est bloqué de ce côté-là, je n’avais plus aucune raison de rester.
Ce qui m’importe aujourd’hui c’est que les techniques et les savoir-faire divinatoires perdurent. C’est la vocation de mon école. Et l’avantage d’une communauté virtuelle,  c’est son universalité potentielle…
Il existe un clivage incroyable entre la curiosité sincère et l’intérêt grandissant que les Français ont pour ces questions et la fermeture radicale de leurs autorités. Renaud Evrard, raconte à merveille les aventures rocambolesques de la parapsychologie dans un livre génial qui va sortir ces jours-ci : La légende de l’esprit (25). Je te le recommande.

ET DELTA BLANC ?

PT : Et ton combat pour l’éthique professionnelle de la voyance ?

MK : La voyance en tant que possibilité universelle de la conscience est un sujet qui commence à être abordé avec beaucoup de profondeur.  Le travail de certains auteurs, des reportages ou Télés des conférences organisées par L’IMI ou L’INREES ont fait bouger les choses. C’est incontestable. Et en vingt ans, c’est même assez spectaculaire. Je suis extrêmement heureuse de tout cela. Près de  50000 personnes qui se passionnent pour le sixième sens et le travail spirituel sur ma page Facebook, c’est énorme !
La voyance en tant que possibilité universelle de la conscience est un sujet qui commence à être abordé avec beaucoup de profondeur.  Le travail de certains auteurs, des reportages ou Télés ou des conférences ont fait bouger les choses. C’est incontestable. Et en vingt ans, c’est même assez spectaculaire. Je suis extrêmement heureuse de tout cela. Près de  50000 personnes qui se passionnent pour le sixième sens et le travail spirituel sur ma page Facebook, c’est énorme !
Surtout sans jamais rien poster de léger ou de ludique en se situant à l’opposé de la croyance de certaines rédactions – Dieu merci pas toutes-  qui considèrent l’irrationnel comme le sujet détente  par excellence…
Nombreux sont les soignants officiels  (médecins, infirmiers, psychologue etc) les formateurs mais aussi les ingénieurs ou les chefs d’entreprise qui réalisent l’importance de leur sixième sens dans leur quotidien professionnel, qu’il s’agisse de trouver les mots pour transmettre, faire une découverte , poser un diagnostic, prendre une décision dans l’urgence…
Pour beaucoup d’entre eux, si l’autocensure, ( ne pas être pris pour un fou ou un menteur ) est encore de mise dans la sphère publique, elle disparaît dans le cercle intime. Il y a 30 ans,  on n’aurait parlé de « ça » à personne, aujourd’hui on s’en ouvre bien volontiers à ses proches : oui, on peut  voir, pas tout le temps, mais tout de même, on ne se dit plus  c’est une coïncidence ou je suis malade . C’est formidable car l’emprise du rationalisme a presque disparu des imaginaires. C’est le début de la libération.
Je reçois beaucoup de messages de gens qui me disent « merci » d’avoir osé démystifier la voyance. Et tant mieux.
Mais, parallèlement, le monde de l’exercice professionnel de la voyance semble hermétique à ces changements. Pour comprendre d’où vient cette immobilité il faut partir de l’observation d’un fait. Cet univers ploie sous une double contrainte, doublement aliénante. La première c’est de devoir s’adapter à un système de valeur complètement inversé. Les situations qui inquiètent ou dévalorisent rassurent et/ou donnent du prestige dès qu’on parle de voyance. Je vais prendre deux exemples concrets : Personne n’a envie de l’adresse d’un plombier qui n’en fait pas son métier et personne ne considérera qu’un basketteur amateur est à priori meilleur qu’un basketteur professionnel. Alors que c’est une croyance majoritaire dès qu’on parle de voyance. De même, un médecin qui s’adresserait à ses patients en leur parlant d’amour, un psy qui prétendrait avoir une mission et  ne rien vouloir en retour – sauf vendre ses produits dérivés- aurait toutes les chances de se faire signaler à Miviludes, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (rires) Mais ces croyances sont tellement fortes qu’elles arrivent à survivre dans l’esprit du public mais aussi des voyants, avec une vigueur qui m’a longtemps paru incompréhensible . Mais d’où proviennent elles ? A mon sens, de plusieurs siècles de persécution visant à interdire l’exercice de la voyance, de l’astrologie et des arts divinatoires. Durant bien longtemps, exercer la voyance était puni de mort et je te rappelle que le métier de devin est resté un délit jusqu’en 1994… J’ai donc exercé sept ans dans l’illégalité !

 

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PT : La voyance encore interdite en 1987 ?

MK : Incroyable, je sais… L’interdiction était toutefois tombée en désuétude depuis bien longtemps. C’était une contravention de troisième classe  du code pénal, C’était l’article R.34-7° qui punissait « les gens qui font métier de deviner ou pronostiquer, ou d’expliquer les songes » Cela datait de  l’ Ancien code Napoléon (article 479 à 481) (26).  La répression s’adressait  à  la sphère professionnelle. C’est cette interdiction et ces sanctions passées qui sont à l’origine du tabou autour d’une professionnalisation de l’activité, qui n’est plus un délit mais reste un pêcher pour le sens commun. Depuis toujours, les seuls phénomènes paranormaux acceptés par l’autorité morale et politique – c’est-à-dire par l’Eglise catholique car la séparation de l’église ne date que de 1905-  sont ceux produits par des membres du clergé ou des mystiques catholiques. Ce qui est miracle au sein de l’Eglise devient œuvre du démon à l’extérieur. Une répression aussi longue et aussi féroce ne peut que marquer durablement l’inconscient collectif. C’est probablement par  désir mimétique de se conformer au « bon paranormal » produit par des saints ou des mystiques chrétiens que les voyants professionnels ont tendance à multiplier des professions de foi altruistes en contradiction apparente avec leur communication commerciale directement inspirée du marketing le plus offensif. Mais nous verrons plus loin qu’au lieu de se contredire comme je le pensais autrefois (27) les préjugés qui entourent la voyance  se trouvent détournés par ce marketing qui a su le recycler avec une habileté confondante . De cette capture, Il découle une impossibilité de se réapproprier le phénomène en inventant un cadre qui lui permettrait de le déployer : car qu’y a-t-il de plus mortifère que de tendre pour soi-même à une image idéale imaginée par son ennemi juré ? Que d’accepter comme l’évidence ce qui t’a été imposé pour combattre ton existence ? Car professer et enseigner publiquement sont les deux piliers qui permettent à tout art et à tout savoir de se construire et de perdurer.
Les praticiens sont les premiers à croire  en l’obligation de mimer les religieux pour être considéré comme sincères.  Cela crée un malaise énorme, 1) parce qu’ils ne font pas partie d’une église. 2) parce qu’ ils se rémunèrent toujours à un endroit, ne serai- ce que par rapport au prestige qu’il tirent de leur position. Il y a des personnes  irréprochables, comme Yolande de Châtelet étudiée par Yves Lignon et Jocelyn Morisson, mais c’est un cas à part, ne serait ce que parce qu’elle a accepté de se soumettre à des expériences scientifiques sérieuses.
Cette absence d’immunité psychique ne pouvait que faciliter une appropriation de la voyance et de la divination par un nouvel ennemi qui allait se révéler  plus efficace  que les bûchers de l’inquisition: je veux parler du  Taylorisme et de ses méthodes appliquées à la consultation de voyance.
Tout a commencé après la deuxième guerre mondiale, au moment où l’église a perdu du terrain. L’individu moderne venait de naître avec sa liberté de choix et sa solitude. Il ne ferait plus le métier de son père. Il allait devoir se marier par amour. Mais la liberté est un cadeau empoisonné qui transforme les anciennes victimes malchanceuses en gestionnaires incompétents, pleinement responsables de leur sort puisqu’elles le construisent. Jamais une société n’allait promettra autant de bonheur que la nôtre,  jamais aucune n’allait en produire, proportionnellement, aussi peu. La souffrance psychique n’a pas tardé  a exploser comme les connexions de S.O.S amitiés créé en 1960.
Et comme les écoutants bénévoles  n’allaient plus suffire une proposition est arrivée : la psychanalyse. Elle  allait captiver ceux et celles qui voulaient comprendre pour se libérer du conditionnement de leur inconscient . Une fois neutralisé, ils pourraient enfin choisir. Son succès sera immédiat dans le public cultivé et urbain. Un tas de gens commencèrent à investir  plusieurs  années de leur vie, mais aussi un budget conséquent dans une cure. La psychanalyse ne promettait rien – en tous cas pas le bonheur-  reconnaissait ne pas être en mesure d’aider tout le monde, considérait que ta guérison ne dépendait que de toi, et représentait un effort financier certain à raison de 3 séances par semaine. C’était un véritable engagement.

Qu’importe : enseignants, cadres, artistes, journalistes… chacun tentera l’aventure. Et moi la première…
Mais hors du public privilégié, pas grand monde n’accrochait, il ne faut pas l’oublier. D’abord pour une raison de coût mais surtout parce que les gens n’y croyaient pas.( Rires) Elle était perçue comme frustrante – tout cet argent et ce temps investit pour si peu –  mais aussi moralement choquante – Comment ça je suis amoureux de ma mère ??!! – Une résistance compréhensible car passer de malchanceux à névrosé n’est pas forcement perçu comme une bonne affaire,  surtout quand ta marge de manœuvre est maigre. Les exclus de l’analyse continuèrent donc de croire en la chance.  Une déesse capricieuse qui ne demande ni compréhension ni remise en cause pour changer ta vie.  Et qui d’autre que la voyante  va pouvoir te renseigner sur sa visite dans ton destin ?
Une « voyance » qui, à l’opposé de la psychanalyse,  promettra tout, ne te coûtera presque rien –  prétendra guider tout le monde à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, prédira ton futur et, surtout, te permettra d’espérer. Jusque dans la première moitié des années des  années 60  elle se pratiquait encore comme dans le cabinet de Madame Marcelle ( 28)

Chez Madame Marcelle…

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Mais une décennie plus tard  la souffrance psychique connaît un tel développement qu’elle devient un phénomène de société qui va faire beaucoup parler d’elle. Une épidémie nommée dépression. (29)
A partir de ce moment-là, plusieurs offres vont  se partager ce marché de la douleur morale : Les deux principales seront la psychanalyse -qui  cédera de plus en plus de terrain aux laboratoires pharmaceutique mais aussi à diverses thérapies (30). Mais une troisième offre va voir le jour. C’est celle proposée par les sociétés dites de voyance qui commencent alors à entrer en scène et connaissent un succès fracassant.
Le minitel, dès 1980-  devient l’outil idéal pour passer de la voyance de quartier à l’échelle industrielle. Les trois minutes à 10 francs de Madame Marcelle deviendront des milliers d’heures de connexion grâce à des plateaux de voyance auxquels tu as accès par internet, par téléphone, par SMS, jour et nuit, 24/24…
Déjà 3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaire annoncé par le ministère de l’Économie et des Finances en 2000. A peine sortie de l’illégalité, la voyance, ex-ennemie de l’ordre religieux est suffisamment vulnérable pour se transformer, dès le début des années 90 en alliée invisible du système, chargée de colmater ses dégâts collatéraux. Supposée sans existence et sans conscience, elle est la candidate idéale pour faire un boulot que les psys ne voulaient ni ne pouvaient  faire : donner de l’espoir. Car pas de croissance sans lui : Comment motiver les dépressifs qui doutent et lambinent, calmer les angoissés qui ruminent et coûtent cher ?  Qui d’autre qu’une voyance organisée industriellement aurait pu  les écouter -à leur frais- et leur prédire individuellement le standard de bonheur et de réussite que la société promettait à travers l’idéal publicitaire ?
L’action  des antidépresseurs, cette voie chimique, va se coupler  de plus en plus souvent avec une secrète consommation de paroles de voyants. Pourquoi ce choix de la part du public ? Parce que ce qui se nomme prédiction est un alibi qui permet de décliner -sur mesure- les scénarios des comédies romantiques. Les maris volages se repentent, les amants finissent par quitter leur femme, les collègues hélas indifférents se muent en prince charmant.  La chance aux jeux arrive, une rivale sera gravement malade  ou -plus grave -rien de bon ne peut plus arriver sans une aide occulte généreusement proposée. Ce n’est pas sérieux ? Ça n’a pas à l’être. Cela laisse à chacun la possibilité  d’appeler des voyants différents jusqu’à entendre ce qu’il voudra.
Les ingrédients du succès  de ces sociétés sont simples : La disponibilité 24H sur 24 -c’est un achat impulsif-  un grand choix de praticiens –  c’est un achat compulsif – le faible coût imaginé par l’utilisateur – actuellement autour de 3,50 euros la minute qui se transforment couramment  en 630 euros à la fin du mois si l’on n’y prend pas garde : trois heures de communication passent si vite en cas de crise. Les moyens publicitaires investis sont énormes et le marketing , comme pour n’importe quel autre produit, va séduire son client en utilisant ses croyances et ses désirs : Puisque le voyant est supposé faire ça par amour, quoi de plus normal qu’il soit disponible de 8h à 23H tous les jours ? Puisqu’il a une mission pourquoi ne te relancerait-il pas pour prendre des nouvelles ? Ne t’offrirait il pas pour ton bien une consultation gratuite -avant d’utiliser tes coordonnées ensuite –
Puisqu’il a des dons extraordinaires pourquoi ne pourrait-t-il pas en trois minutes seulement répondre par oui  ou par non à une question importante ? Si ce mélange entre un champ sémantique emprunté au bénévolat et  des techniques provenant du marketing le plus offensif allume les warning des utilisateurs les plus éclairés, il correspond parfaitement aux attentes et aux préjugés du plus grand nombre.  Y recourir  est un d’échappatoire qui permet d’entendre de quoi  relancer leur conviction même -et surtout- si les apparences rendent peu probable la réalisation de leur projet. Souvent jusqu’au prochain mirage.
Pour conclure je partagerais cette citation d’ Eric de Lucca « Prenons au sérieux, littéralement, le mot illusion. En latin, ça veut dire entrer dans le jeu. On y entre volontairement, mais on en sort aussi volontairement. La désillusion n’a donc rien de terrible. On décide de faire quelque chose, on le fait, et après on passe à autre chose. » (31) C’est exactement ce qui se passe, dans la majorité des cas.
28 ans après avoir crée Delta Blanc avec Chantal Hurteau , je réalise que notre travail a produit quelque chose de tout à fait salutaire sur le plan qualitatif mais d’insignifiant  sur le plan quantitatif. Ce que nous voulions faire, c’était inventer un cadre qui permette d’exercer dans les conditions les plus aptes à la production optimum d’une consultation. Mais un cadre  suffisamment serré pour protéger les usagers  d’une rencontre avec un praticien sans compétences réelles. Entre autre : un test de quinze minutes au début de chaque consultation durant lequel révéler, sans aucune information, des éléments suffisamment précis pour que celui qui consulte décide de poursuivre. Nous avions fixé à une heure minimum la durée d’une consultation, garantissions un secret professionnel  ainsi qu’un prix annoncé clairement avant chaque entretien. Même si le descendant de notre code de déontologie perdure en Belgique grâce au travail exceptionnel d’Esméralda Bernard, les voyants  indépendants – qui ne donnent pas 70 à 75% du revenu qu’ils génèrent à leurs employeurs-  exercent sans publicité ni racolage, sans deuxième métier, et qui conservent une clientèle fidèle plusieurs décennies sont très rares. Ils existent mais ce sont des résistants. En trente années, grâce au Minitel, puis à Internet, les sociétés de voyance  sont rentrées dans les mœurs, au même titre que la pornographie, et suscite un engouement similaire au niveau du grand public. Même lieu de régulation des pulsions et de l’angoisse. Cela m’attriste évidemment beaucoup mais je n’y peux rien : cette offre correspond à une demande réelle.
Pourquoi seule une petite minorité de praticiens refuse de laisser compresser la voyance – qui je le rappelle est un état de conscience modifié  – pour l’adapter au  standard facilitant d’un produit de grande consommation ?  De faire des 3/8 ? De travailler à la minute ? Contrairement aux salariés qualifiés, rien ne les y oblige, puisqu’ils disposent tous du moyen d’exercer librement.  Certains m’écrivent, lorsqu’ils arrêtent, en attendant de moi que je révèle les pratiques auxquelles leurs employeurs les poussent… En attendant, ces pratiques renforcent la conviction des deux camps : les élites les prennent en exemple comme une démonstration patente de la vacuité  du phénomène et les autres font semblant d’y croire mais s’en servent à d’autres fins.

En conclusion, le réservoir de souffrance psychique qui n’a fait que grandir depuis 40 ans a connu deux types de réponse: celle des gens décidés à changer leur vie en considérant qu’ils en sont responsables. Ils sont pleinement acteurs de leur vie. Ceux-là sont prêts à investir loyalement dans un travail de thérapie ou dans n’importe quelle pratique de guidance qui leur permettra de vivre mieux. Ils n’attendent pas de miracle et s’attachent à progresser pas à pas sur  le chemin de leur réalisation. Ils sont dans une demande de savoir sur eux-mêmes.

Les autres , les plus nombreux, sont aussi les moins favorisés, les plus vulnérables.  Autrefois snobés par la psychanalyse, et vivent tout travail sur eux même comme un aveu de faiblesse. Emprisonnés dans des vies lourdes de contraintes, ils trouvent – et c’est compréhensible !- complètement immoral  de ne jamais rencontrer ce bonheur affectif et matériel promis en théorie et qu’ils estiment mériter. Ils  sont les candidats  idéaux pour l’addiction à la voyance industrielle, qu’ils utilisent quand ils craquent comme une sorte de service après-vente : un lieu où exprimer leur colère, réclamer le bonheur promis pour finir par entendre que oui, ça va bien finir par arriver. Comme au cinéma.  Ils veulent juste être soulagés de leur angoisse, à faible coût en théorie, pas en pratique. Ils ne se sentent pas responsables de leur vie, et croient – ou font semblant de croire- que c’est la chance qui va régler leur difficulté.

Je crois qu’on peut dire que c’est un rendez-vous manqué et un ratage terrible pour la voyance, qui s’adressait totalement, de par son essence, à ceux qui se sentent responsables, qui veulent être orientés, alors qu’elle ne pourra jamais soulager les seconds tans qu’ils considéreront que leur futur s’écrit sans eux ou continueront d’être les victimes des promesses de bonheur individuel garanti.

La leçon de l’Histoire, c’est que quand un ensemble de pratiques – la voyance, les arts divinatoires en général– 1) n’est pas capable de se penser hors des représentations dans lesquelles ses ennemis l’enferment 2) collabore activement à la perpétuation de préjugés dont elle est la première  victime, ses savoirs ne peuvent que lui échapper pour finir confisqués  par des intérêts extérieurs.
 Mais, je reste paradoxalement très optimiste pour le futur. L’intérêt croissant pour l’intuition et le besoin pour chacun de développer son sixième sens va inévitablement transformer cette situation dans la durée. Si le statut de la voyance dans la société change, il permettra  aussi à une nouvelle génération de praticiens de voir le jour…

REJET DE L’OCCIDENT :

P.T. La voyance est un art pratiqué par toutes les cultures et toutes les civilisations mais que l’occident a choisi d’abandonner presque dès le commencement de son histoire, en l’assimilant à la sorcellerie. Comment l’expliques-tu ?

MK : Heureux les celtes pré chrétiens qui prédisaient l’avenir avec leur alphabet Runique… Pouvaient-ils imaginer la violence de la suite ? Je crois qu’il y a d’abord un facteur inconscient dans ce rejet, presque involontaire, une sorte d’incapacité fonctionnelle, au cœur même de la culture occidentale.  Quand on connaît l’interdépendance du langage  et de la pensée, rien dans la  construction de nos langues -dès l’antiquité –  ni ensuite dans la définition que la philosophie et la science vont donner de la vérité, ne pouvait produire autre chose qu’un bug gigantesque avec ce qu’est la divination, ou plus exactement avec le type de vérité qu’elle peut produire.
C’est la partie la plus intéressante et la plus mystérieuse de ce rejet. Quant à la partie historique, que je résumerais brièvement car je n’en suis pas spécialiste, des chercheurs comme Jean-Patrice Boudet (33) ou encore Anne.L Barstow, (34)  se sont penchés sur la question. C’est l’histoire d’une persécution constante de la part des rois et du clergé qui usent et abusent de manière immodérée de la divination ( et parfois de la magie et de l’astrologie ), dans leurs formes les plus obscures, mais en interdisent absolument l’accès au peuple. Que dire de plus ?

P.T : Une hypothèse : je pense que ce qui s’est passé avec la divination en Occident est comparable à ce qui s’est passé avec le Yi-King en Chine sous le maoïsme. Le Yi-King était interdit pour le peuple, mais Mao-Tse-Toung le tirait si souvent qu’il connaissait les hexagrammes et leurs transformations par cœur ! C’est une histoire de pouvoir. Retire au peuple la possibilité de s’orienter et il devra recourir à toi ou à tes sbires. Technique de manipulation extrêmement simple mais atrocement efficace.

MK : Je ne connaissais pas cet épisode mais c’est passionnant et ça ne m’étonne pas du tout…
Je crois que c’est un classique du pouvoir. Pour revenir à l’hexagone, Napoléon – après les rois- persiste avec une énième interdiction légale dans le code pénal qui portera son nom, comme nous l’avons déjà vu. On ne tue plus me diras-tu, on punit seulement. A ce stade on espère un progrès…

On  imagine qu’au moment où l’état se sépare de l’église les choses s’arrangent un peu. Mais pas du tout . Après que tout le monde soit mort dans les purges de l’inquisition-  l’ élite rationaliste moderne –  héritière idéologique directe des bourreaux de la renaissance  je le rappelle – opère une rupture de style en lançant une mode nouvelle,  énième changement de disque dans l’histoire de la persécution :  la divination n’existe pas,  le créateur de l’univers non plus. Tous les crimes des accusés de sorcellerie suppliciés deviennent la conséquence malheureuse de l’ignorance et de la crédulité qu’ils se proposent… d’éradiquer.
Comme d’habitude, c’est à la fois absurde et très simple. La psychiatrie transforme l ‘ex-possédé en mythomane ou en psychopathe, nouvelle raison de protéger le bon peuple de sa dangerosité.
La boucle est bouclée et on n’a pas avancé d’un mètre. Car entre temps le penseur a pris la place du prêtre. Enfin celui qui n’est jugé hérétique par ses pairs…
Aujourd’hui encore, les choses continuent comme avant. De science du diable dans l’ancien régime,  la voyance est devenue une ennemie du progrès et  de la raison.  Allez, un mot sur Louis XIV un bel exemple de cette continuité schizophrène. Le Roi est entouré d’Astrologues qui  pullulent à la cour. C’est sûr. Les recherches de René Guy Guerin sont sans ambiguïté (35) . Cela ne l’empêche pas le monarque, de proclamer en 1682 un édit contre les magiciens, devins, et enchanteurs  qu’ils accusent d’être  à la fois illusionnistes, des sorciers et des empoisonneurs qui  « infectent et corrompent l’esprit des peuples par leurs discours et leurs pratiques… ». (36)

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En découvrant certaine recettes de sorcellerie sordides qui sévissaient à l’époque dans la culture populaire un esprit candide pourrait conclure que le monarque a simplement un sens moral délicat. Et féliciter son discernement.
Mais le problème, c’est que Louis XIV, les idées sordides, il n’en manque pas non plus. Comme celles qui consistent à trancher le jarret des esclaves rebelles ou à les marquer au fer rouge avec sa fleur de Lys (37). Il faut quand même avoir un psychisme particulier pour donner libre cours à ces imaginations sadiques et, dans le même temps, considérer que ce sont les autres qui sont abominables. Mais est-ce bien différent des journaux rationalistes contemporains qui s’indignent périodiquement des Dangers de l’irrationnel mais restent plus discrets sur les méfaits des multinationales pollueuses en ouvrant sans retenue leurs tribunes à leurs émissaires ? Mais revenons aux causes inconscientes, je t’assure qu’elles sont plus intéressantes.

MAIS COMMENT VOIT UN VOYANT ?

P.T. Un instant, Maud : j’aimerais que tu précises ton propos concernant la philosophie et la science dans leur rapport à la voyance. 

MK : Au sujet de la philosophie et de la science, il y a quelque chose d’inconciliable entre ce que l’observation de la voyance nous apprend sur la conscience, et ce que la pensée occidentale suppose de ses limites.

Si je peux « voir » ce que quelqu’un  est en train de vivre à 10 000 kilomètres – je le fais tous les jours- cela signifie que là ma conscience est en réseau  avec le monde entier. Cela fait exploser la conception d’une conscience circonscrite aux limites  de sa boîte crânienne. Car comment un encéphale et sa seule matière grise pourrait réussir ce type d’exercice ? Impossible  si, comme le dit la racine grecque « d’encéphale »  tout est simplement « dans la tête ».

Et lorsque des chercheurs s’aventurent à  supposer que ce modèle -que j’appelle le modèle Tuperware- serait plus interactif qu’il n’y paraît avec le monde extérieur, c’est la tragédie immédiate car cela remet en cause les notions de conscience unifiée, permanente et personnelle qui sont des croyances très solides chez nous, n’est-ce pas ?  Pas mal de gens n’ont pas envie de se réveiller le matin en se disant que leur cerveau n’est peut-être pas une boîte dont ils ouvrent et ferment le couvercle à volonté.

Une autre raison de cet abandon est relative aux histoires  que la voyance raconte, aux informations qu’elle obtient qui sont d’un genre particulier. A la fois merveilleux et  limité.
Un énoncé divinatoire, n’a pas les qualités d’objectivité requises pour être  considéré comme une vérité à part entière. Cela ne veut pas dire que cet énoncé n’est pas flagrant, pas compréhensible, pas transformateur, cela ne veut pas dire qu’il n’est pas utilisable pour s’orienter efficacement, mais cela signifie qu’il  résistera difficilement  aux opérations  successives sensées  le purifier de sa subjectivité.

Si tu me donnes un nom et un prénom par exemple  « Pierre Dupuis », et que tu me demandes ce que je vois sur lui , je ne risque pas de te répondre  : « Pierre à 40 ans, il est brun aux yeux verts, mesure 1, 85 et  pèse environ 70 kg.  Il est technicien à France Télécom et pratique la randonnée à ses heures perdues.
Voilà le genre de description qui serait labellisée « vérité »  par la rationalité, mais qui est totalement impossible à produire en voyance.
Ce qui va se passer ressemblera plutôt à ça : Je vais faire le vide pour laisser émerger tout un tas d’informations.  Des idées, des images, des sons, peut-être même des odeurs. Je vais les croiser et je vais te décrire Pierre comme « un long roseau fragile et triste qui rumine beaucoup ». C’est bien, me diras-tu, car  la photo correspondra en termes de corpulence et peut être d’expression. Sa maman dira «  c’est tout à fait mon fils » mais ça ne suffira pas : l’expression n’est-elle pas temporaire et la notion de rumination relative? Je pourrais même te décrire Pierre travaillant dans un domaine très technique, ou perché en hauteur -ou les deux si je suis en forme – mais je ne pourrais jamais nommer France Télécom.
Je pourrais aussi te parler avec précision de la femme qu’il vient de rencontrer ou de ses intentions vis-à vis d’elle. Mais qui d’autre que lui – s’il acceptait de dire la vérité- pourrait valider ce genre d’information ? Rien que du subjectif, du relatif, du passager.
Pierre pourrait être décrit en consultation le même jour comme un amoureux sincère, tendre et engagé -si sa nouvelle maîtresse me consulte- et comme un homme glacial brutal et détaché si c’est sa femme, bientôt délaissée, qui me questionne.

Comment la rationalité  pourrait-elle s’arranger d’un Pierre qui est une chose  et son contraire, simultanément ? Comment se représenter que le Pierre  reconstitué par la voyance, n’a  aucune réalité indépendante des femmes qui l’aiment et auxquelles mes réponses paraissent si justes alors qu’elles sont opposées ?
Comment quelque chose pourrait être juste et ne correspondre à rien en soi ?

En produisant  de tels énoncés,  je franchis des limites interdites.
 
Je suis traversée par des informations dont personne ne sait avec quelle part de ma conscience je les attrape.
 Je crée une nouvelle catégorie de vérité  un peu encombrante : une production imaginaire qui croiserait  trop souvent la réalité pour n’être qu’un hasard. Cela fait d’elle un objet angoissant dont la science ne sait  pas quoi faire, ni même avec quels outils l’observer.

Notre culture n’a rien contre la subjectivité mais à condition qu’elle reste à sa place : L’art, les sentiments, les croyances… D’accord ! Mais qu’elle ne se mêle jamais d’informations grâce auxquelles nous pourrions nous orienter avec efficacité : C’est LE pêché suprême…

Une autre composante de notre pensée, c’est son attachement à la logique. Or, le propre d’un énoncé de voyance, c’est de contenir parfois certaines contradictions qui interdisent les étapes du raisonnement auquel nous soumettons une idée avant de considérer qu’elle est cohérente.

Je peux décrire à un client sa mutation dans une ville ultra moderne, pleine de lumière,  dont les tours de verre se refléteront dans la mer. Et, trois semaines plus tard, prédire à sa femme une vie au milieu de vieilles façades ouvragées ocres et rouges comme on en voit en Amérique Latine.  La logique voudrait que je me sois trompée avec l’un des  deux ou qu’ils aient divorcés peu de temps après.  Pas du tout : mon client a été muté  à Macao dont le centre historique est une ancienne colonie portugaise, en parfaite adéquation avec ma description.

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P.T. Attends, je crois comprendre mais je ne suis pas sûr. Ce sur quoi tu butes ce serait sur les propriétés du langage, pas forcément de toutes les formes du langage (la poésie par exemple) mais du langage rationnel puisque tu vois par images, et que tu dois traduire ces images dans le logique – et donc au sein d’un univers qui est, lui, indissociable de l’histoire de la rationalité. C’est comme un monde qui appartient à l’âme (les images, les impressions, l’atmosphère, les détails, etc.) et qui doit devenir un monde-cerveau, un monde-rationalité, un monde-technique. Est-ce que c’est ça ?

MK :  Oui, c’est tout à fait ça. Une voyance se construit par sauts de puces. Je suis bombardée par un petit bout de vie sentimentale, un petit bout du jardin de ta mère, un petit bout de ton voyage aux USA le mois passé. Ce sont comme des pixels qui dessinent l’un après l’autre une image. Mais une fois que le tri est fait, le tableau apparaît. Mais pour revenir  à la langue, nos langues ont toujours privilégié l’objectivité. Un exemple : les langues créées à partir du latin ou du grec ont très peu de mots par exemple pour parler de la neige ou de la glace, alors que les lapons, qui utilisaient la divination au cœur de toutes les décisions (comme toutes les cultures  chamaniques) en utilisent de très différents. Prenons le Français en exemple : Le mot  « glace » est une définition qui se passe de  ton expérience. En Français, il n’y pas de mot spécifique pour décrire la glace sur laquelle tu patines ou celle sur que tu mets dans ton verre. Mais dans les langues parlées par les lapons, c’est le contraire . Pour parler de la glace en général, par exemple, ils disent siku .  Mais à la définition basique s’ajoute des dizaines de variantes, qui se  forment uniquement parce que toi, l’observateur, tu rentres dans la scène et la modifies.
Pour les lapons le mot qautsaulittuq ,par exemple, décrit de la glace qui se brise quand tu la frappes avec un harpon pour éprouver sa solidité. Et si tu décidais  de la boire, elle deviendra nilak.

La présence de la subjectivité, chez les Lapons comme dans toutes les cultures chamaniques n’affecte pas la qualité d’une vérité, elle l’enrichit. Il y a le concept, et l’expérience. Mais l’expérience ne semble pas avoir moins de valeur que la définition, puisqu’elle peut même en produire une nouvelle. C’est pour cette raison que la divination peut les guider au quotidien : elle a les mêmes caractéristiques que leur langage.

Tout le problème c’est d’arriver à admettre que cette objectivité à laquelle nous tenons tant, a aussi sa limite… y compris en science. Et qu’elle est aussi une production, une fabrication, même si elle refuse de le reconnaître.
Je n’avais pas compris tout cela quand j’ai commencé à travailler avec des scientifiques. Lire Isabelle Stengers et Bernadette Bensaude -Vincent (38) m’a permis de mettre un terme à ma naïveté positiviste. Car moi aussi je « croyais » à l’objectivité de la science…

J’ai compris que la parapsychologie et la science en France, ça marchait comme l’accès aux boîtes de nuit quand  on ne veut pas de toi de toutes façons. Tu te fais beau mais tu as toujours le videur rationaliste qui arrive pour dire «  Désolé Monsieur, je crois que ça ne va pas être possible «  et qui te demande soixante- dix mille conditions supplémentaires pour rentrer dont il n’a pas été question pour ses amis installés dans le carré VIP.
Tu enrages, tu repars, tu reviens avec ta belle cravate. Rien n’y fait. C’est le traitement que subissent depuis  plus d’un siècle les parapsychologues. Bertrand Méheust raconte à merveille  cette histoire, dont il est devenu le spécialiste.

La conclusion c’est qu’aujourd’hui encore, les possibilités limites de notre conscience restent des objets non observables par la recherche , alors que leur seul crime est de questionner les limites de la méthode avec laquelle on les observe. C’est un dommage énorme pour la connaissance de notre conscience, de la nature des liens qui nous unissent aux autres, de notre pouvoir de transformation de notre vie ou encore de nos capacités de  guérison.

VOYANCE ET POESIE ONT ELLES UN LIEN ?

P.T. Tu m’as raconté quelque fois le moment où tu as pris conscience de tes dons de voyante. Mais auparavant tu as beaucoup écrit, en particulier de la poésie. Est-ce que tu vois un lien entre l’état de disponibilité du poète aux images qui lui adviennent de l’inconnu ? Rimbaud parle, on s’en souvient, du poète qui se fait voyant ; André Breton et Antonin Artaud ont écrit des lettres à des voyantes et la perception extrasensorielle ?

MK : Non seulement je vois un lien, mais je pense que ce sont des mécanismes très voisins. Lorsque j’étais adolescente, il m’arrivait de prendre le train le soir pour rentrer Gare St Lazare. La nuit, en arrivant, je voyais un tas de foyers éclairés, à chaque étage des immeubles. Les wagons passaient tous près. J’avais un sentiment très étrange, qui était exactement le même que quand j’écrivais. Je devenais ces gens. Ceux que j’observais. Je sentais tout ce qui était en train de leur arriver. Je devenais « eux. Dans mes transes d’inspiration poétique, je devenais aussi l’orage: pas seulement l’éclair mais aussi la pluie, le vent, l’arbre foudroyé, chaque élément du poème…
Cela ressemble aux descriptions de NDE dans lesquelles tu revois ta vie, pas seulement de ton côté mais aussi de celui de tous ceux que tu rencontrés. Ce que tu as produit sur eux, tu le revis simultanément…
Là encore, c’est comme si cet état d’individualité séparé, que nous vivons comme une évidence naturelle, semblait se dissoudre comme de l’aspirine au fond d’un verre à la moindre occasion. Et ne concernait que la matière. Imagine : des créatures différentes dans la matière, séparées et enfermées dans des corps distincts, mais qui seraient toutes reliése à un niveau subtil parce que faites d’une énergie similaire.  Ne pas s’arrêter si facilement à  sa propre manifestation physique -l’apanage de tout voyant- c’est la « labilité » de la présence, sujet cher à Ernesto de Martino (39)
C’est pour cette raison que le «  je est un autre » de Rimbaud, dans sa lettre à Georges Izambard (40) me semble une sorte de trait de génie pour décrire l’opération psychique qui rend la voyance possible : Tes contours sautent, tu reprends une liberté d’avant ta chute dans la matière, et tu peux te promener dans ce que tu veux, qui tu veux…
Le problème c’est qu’il faut un peu d’entraînement pour passer d’un état à un autre, pour que cela reste vivable…
« Je est un autre », c’est justement le type d’exercice que je propose depuis toujours à mes élèves dans mes séminaires. Et si possible pour se transformer en un « autre » très éloigné de soi, comme un animal ou une plante…
C’est une expérience très forte.
Mais la comparaison de la voyance avec la poésie ne s’arrête pas là. Lorsque je vois, je deviens l’organisatrice d’une inspiration qui me dépasse, mais qu’une part de moi, qui reste extérieure, va devoir organiser. N’est-ce pas exactement ce que décrit Rimbaud quand il écrit à Paul Demeny (41)  « J’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. » Oui, il y a un lien évident entre l’inspiration poétique et la voyance : par sa puissance, sa fragilité, l’énergie électrique  qu’elle donne …

Antonin  Artaud, Lettre à la voyante, 1926.

Antonin Artaud, Lettre à La Voyante pour André Breton, Février 1926

Antonin Artaud, Lettre à la voyante pour André Breton Février 1926.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand Antonin  Artaud  écrit sa lettre à la voyante  en 1926 et écrit qu’une voyante « met le feu à la vie »  c’est  une description d’habitué, pas une simple image. Il y a des consultations où je m’embrase. Je ne suis pas du tout détachée. Je peux dire des mots très forts. C’est un épisode émotionnel intense pour moi et pour l’autre. C’est à Antonin Artaud que je laisserai ce soir la conclusion de nos échanges pour résumer mon travail :« Cet état actif d’échanges spirituels, cette conflagration de mondes immédiats et minuscules, cette imminence de vies infinies dont cette femme m’ouvrait la perspective, m’indiquaient enfin une issue à la vie, et une raison d’être au monde.

©Maud Kristen, Décembre 2015.

Merci à Thomas Bertay pour les images de l’entretien

Notes : cliquez ici